EDOUARD PHILIPPE, collectionneur d’une fantaisie discrète

Pourquoi le maire-adjoint du Havre en charge du Grand Paris, qui n’a pas encore fêté ses quarante ans, remplit-il ses tiroirs de boutons de manchette ? C’est pour tenter d’éclaircir ce mystère que vendredi-matin.fr a choisi d’interroger Edouard Philippe, qui inaugure à cette occasion notre nouvelle série ‘’Collections et collectionneurs’’.
« Enfant, dit Edouard Philippe, j’avais été impressionné par les hommes qui portaient des boutons de manchette. Ce n’était pas très courant dans le milieu où je vivais. Cet accessoire masculin m’étonnait, même s’il me semblait un peu démodé. En tout cas, j’étais fasciné. Le goût de la collection m’est venu progressivement, plus tard. »
C’est à l’occasion de son service militaire, il y a une quinzaine d’années, qu’Edouard Philippe, officier des troupes de Marine, a porté sa première paire : l’uniforme exigeait des poignets mousquetaires. Mais, l’origine de cette passion nouvelle remonte à une matinée ensoleillée de 1997, peu après son service militaire, et se situe à Parme en Italie lorsqu’il tombe en arrêt devant la vitrine d’un antiquaire où sont exposés les boutons de manchette d’un régiment écossais. « J’étais, raconte-t-il, avec un ami italien, qui a marchandé pour moi. Ce moment m’a amusé… et j’ai continué. »
La collection a véritablement commencé « lorsqu’il a pu s’acheter de jolies chemises », chemises qui pour répondre à des exigences de confort – sa stature se prête mal aux tailles standard – sont faites à ses mesures. « Toutes mes chemises, dit-il, ont des poignets mousquetaires pour accueillir des boutons de manchette. »
Aujourd’hui, la collection d’Edouard Philippe réunit presque une centaine de pièces, à Paris et au Havre. « Ce n’est pas considérable, mais cela commence à prendre de la place et on sort de l’utilitaire : c’est beaucoup plus que ce dont je pourrais avoir besoin. »
Des ancres de marine aux pin-up
Le maire-adjoint du Havre – qui est aussi à la ville directeur des affaires publiques d’Areva – ne se considère pas comme un collectionneur « sérieux » : « Je ne m’investis pas intellectuellement dans cette collection. Ce serait un peu absurde. C’est, avant tout, une distraction. » C’est dans cet esprit qu’il a fixé le cadre de sa collection. « Les boutons de manchette que j’acquiers, dit-il, doivent répondre à deux caractéristiques : représenter quelque chose et quelque chose d’amusant ou d’intéressant. »
Sa collection réunit notamment des ancres de marine, des ampoules électriques, des rouages mécaniques, des photos, des cartes à jouer, des pin-up serrant contre elles un ballon de football, un carton rouge et un carton jaune (encore le football), Elisabeth Taylor « dans la beauté de sa jeunesse »… et même des femmes nues, « qui font toujours leur petit effet dans les déjeuners d’affaires ».
Mais aussi, deux très jolies montres – un cadeau de son épouse -, les boutons de manchette de l’association des commandos britanniques « assez laids, mais que j’aime beaucoup », ceux qu’il portait (et qu’il porte encore dans les périodes de réserve) comme officier d’artillerie des troupes de Marine et auxquels il est « particulièrement attaché », des petites bouteilles de vin avec leurs étiquettes en français « achetées en Angleterre », les boutons de manchette des parlementaires écossais et finnois, quelques drapeaux…
Pour Edouard Philippe, il serait du plus mauvais effet de mettre deux jours de suite la même paire. « Chaque matin, explique-t-il, je choisis les boutons de manchette que je vais porter en fonction de ma journée, de mes déplacements, des déjeuners. Avec les électriciens, ce seront les ampoules, pour le conseil de surveillance du port du Havre (dont je fais partie) les ancres, avec les militaires, des boutons de manchette d’un régiment… C’est ma récréation matinale. »
La valeur d’un objet, c’est la distraction qu’il apporte ou l’émotion qu’on y attache
Ses préférences ? Les ancres de marine d’abord, qui, explique Edouard Philippe, symbolisent à la fois l’origine havraise, l’attachement au port, et les troupes de marine dans lesquelles il a servi.

« Ce qui compte pour le collectionneur, ce n’est pas la valeur marchande, c’est celle dont il investit l’objet. Mon père m’a offert sa seule paire de boutons de manchette ; elle a évidemment pour moi une importance très particulière. C’est aussi le cas de l’unique paire que je possède et qui ne représente rien. Ce sont deux boules de pierre noire reliées par une chaîne. Cette paire m’a été donnée par une amie de mes parents, que nous avons connue avec son mari il y a une vingtaine d’années lorsque nous habitions en Allemagne. C’était un couple de Rhénans, très francophiles, que j’aimais beaucoup. A la mort de Heinz, son épouse m’a offert ces boutons de manchette qu’il avait portés pendant la guerre sur le front de l’Est, dans une période très difficile. Je ne les mets que dans des occasions très solennelles, en souvenir de lui. Par exemple, quand je vais à l‘enterrement de personnes que j’aime ou estime beaucoup. »
Le prix, explique-t-il, n’entre pas en ligne de compte. « Ce qui fait la valeur des boutons de manchette que j’acquiers, ce n’est pas leur prix, c’est qu’ils m’amusent. Je ne compte pas, mais en même temps ma collection n’a aucune valeur marchande. La pièce la plus ‘’chère’’, une paire du début du XXe siècle, un très beau bijou très fragile en argent finement travaillé, aux armes de l’empire austro-hongrois, vaut moins de deux cents euros. Et, je ne suis pas spécialement intéressé par les modèles « classiques » – souvent très coûteux – de grandes maisons comme Cartier, Dunhill ou Ferrari, même s’ils ont une grande notoriété. »
L’humour et les codes
Ses fonctions électives et ses activités professionnelles, autant que ses goûts personnels, n’incitent guère Edouard Philippe à l’excentricité vestimentaire.
« Je ne me contrains pas, dit-il. Je n’aime pas l’extravagance en matière d’habillement. Je porte des costumes sombres ou bleu marine – égayés parfois d’une doublure moins traditionnelle -, des chemises bleues ou blanches. Et pour ce qui est des cravates, de plus en plus, je les préfère unies, bleues ou noires… Dans cette garde-robe somme toute austère, le bouton de manchette offre l’occasion d’une touche de fantaisie, visible sans être ostentatoire. Cela me correspond assez bien : je pense être plutôt respectueux des codes, assez organisé avec, en même temps, une touche de fantaisie. »
La collection d’Edouard Philippe va bientôt s’enrichir d’une pièce unique, qu’il attend avec une certaine impatience.
« Elle est spécialement fabriquée pour moi. C’est une idée de mon épouse : elle a trouvé un bijou qui porte l’emblème de la Sicile – une région que nous aimons beaucoup – et qui va être transformé en boutons de manchettes… que je serai le seul à porter. »
Propos recueillis par H. L.
______________________________________________________________________________________________

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, ancien élève de l’Ecole nationale d’administration, Edouard Philippe a été auditeur au Conseil d’État (1997-2002), directeur général de l’UMP (2002-2004), avocat (2005- 2007) puis maître des requêtes au Conseil d’État (2007). Depuis 2007, il est directeur des affaires publiques du groupe Areva. En 2001, il a été élu à la municipalité du Havre. Maire-adjoint, il est chargé du développement économique et portuaire, de l’emploi et de la formation, de l’enseignement supérieur, des relations internationales, de l’urbanisme, de l’habitat et du Grand Paris. Elu en 2004 conseiller régional de Haute-Normandie, il est depuis 2008 conseiller général de Seine-Maritime et vice-président de la communauté de l’agglomération havraise (Codah).
_______________________________________________________________________












1 commentaire
No matter what others say, I think it is still interesting and useful maybe necessary to improve some minor things
Laissez un commentaire