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Dans les divers scénarios de relance récemment évoqués, l’innovation dans les transports et la logistique occupe généralement une place de choix. Journaliste spécialisé, observateur et expert incontesté de ces secteurs dont il suit l’évolution depuis plus de quarante ans – en particulier pour le groupe Les EchosElie Le Du explique ici à quelles conditions et dans quel cadre ces attentes pourraient être satisfaites.

Initié au journalisme dans une école fondée après l’affaire Dreyfus, Elie Le Du a 25 ans quand Louis Armand, au retour d’un voyage aux Etats-Unis, lui confie une rubrique sur les transports, un sujet qui, dit-il « n’intéresse alors pas grand monde« . Ce sont les débuts de la conteneurisation et Louis Armand, parmi les premiers, en a perçu toute l’importance. Pour Élie Le Du, le souvenir de celui qui l’a formé, le résistant, « l’homme de la bataille du rail« , le fils d’instituteur devenu major des Mines et président de la SNCF (un homme qui, raconte-t-il, était capable de tourner autour du Parc Monceau jusqu’à trouver une solution à un problème qui le préoccupait) est toujours très présent. Président d’Euratom, créateur de la Société du Tunnel sous la Manche, co-auteur du plan Rueff-Armand et académicien, Louis Armand, dit-il, « avait à la fois la compétence et le charisme« .

Fondateur et animateur de La Lettre du Transport et de la Logistique, Elie Le Du l’a, il y a quelques années, cédée au groupe Les Echos. Mais, il y est toujours très actif… et n’a pas  pour autant changé de rythme : il continue à enchaîner séminaires de formation et rédaction de dossiers, tout en faisant bénéficier de son expérience consultants et décideurs.

« Ce que je dis aux chefs d’entreprises ? Informez-vous sur l’histoire, la culture, l’évolution de votre secteur. C‘est primordial. » Une autre de ses préoccupations :  faire comprendre aux entrepreneurs français toute l’importance de « l’intralogistique ».

Lecteur attentif de Kondratieff, Elie Le Du craint que nous ne soyons encore aux portes d’un long cycle hivernal. Mais, comme il le rappelle, Kondratieff lui-même constate que toute phase ascendante est marquée par une innovation dans les transports - à ne pas confondre, insiste Elie Le Du, avec une invention (voir un peu plus loin notre entretien avec Elie Le Du).

En supprimant les intermédiaires et en privilégiant le guichet unique, le secteur du transport et de la logistique s’est sans doute privé des « haies qui retenaient l’eau et atténuaient les intempéries« .

Des progrès importants, estime Elie Le Du, sont à attendre dans le transport routier du fait de l’élargissement de l’Europe et de la « recontinentalisation » des échanges. Ce ne sera pas, cependant, selon lui, « aux conditions d’exploitation françaises ». Raison de plus, insiste-t-il, pour changer de méthode et innover.

L’intermodalité, dit encore Elie Le Du, s’analyse mode par mode : pour le maritime, « avec la conteneurisation, c’est gagné« . La combinaison fleuve-mer progresse également d’elle-même. Pour le routier, il ne faut pas attendre de « grand soir » du multimodal, mais, estime Le Du, on peut espérer de vrais progrès, notamment, avec le mix fleuve-route, à la condition d’adopter une approche logistique et « de ne pas se contenter de faire du transport« .

Les entreprises, dit-il, devraient, enfin, s’intéresser davantage au « facteur K » – capital-, aux choix d’investissement, aux échanges financiers : de même qu’aujourd’hui tout grossiste en quincaillerie sait où s’approvisionner dans le monde, on devrait, fait remarquer Elie Le Du, savoir où investir, à chaque instant et dans les meilleures conditions.

ELIE LE DU : « L’important est de faire émerger de nouveaux modèles d’organisation. »

• Quel est le rôle des transports et de la logistique dans la relance de l’économie ?

- Au moment de la crise de 1929, l’économiste Nicolaï Kondratieff venait de mettre en évidence à quel point la conjoncture économique est soumise à un phénomène de cycles : avec une phase ascendante, ou phase A, et une phase descendante, la phase B. Soit, un cycle total d’environ 40 à 60 ans. Cette référence m’intéresse. C’est la durée pendant laquelle j’ai pu observer chaque jour l’évolution du secteur transport et logistique.

Kondratieff ajoute qu’à l’origine de chaque phase ascendante, on trouve au moins une innovation importante concernant les transports. On peut donc penser que l’économie ne repartira vraiment qu’à partir du moment où la « condition transports » sera remplie.

- Peut-on faciliter cette reprise en favorisant l’innovation ?

Dès que l’on parle d’ »innover », beaucoup comprennent « inventer ». C’est une erreur qu’il faut absolument éviter. L’évolution du secteur Transport & Logistique au cours des 50 dernières années en offre une bonne illustration. Cette période a été, globalement, marquée par trois évolutions majeures :

- l’approche intermodale, avec, en particulier, la conteneurisation ;

- les acheminements express, qui ont ramené la durée des transports intercontinentaux au temps qu’il fallait pour relier deux département français ;

- l’EDI (échange de données informatisé), qui a contribué au juste à temps et au stock zéro .

Dans l’ensemble, il ne s’agit pas d’inventions à proprement parler. On a surtout innové en changeant la façon d’utiliser des outils qui existaient, en les adaptant. Aujourd’hui, il faut d’autant plus innover que les financements manquent pour des recherches plus fondamentales.

• La crise a-t-elle favorisé les économies, les mutualisations ?

Les difficultés ne peuvent pas être un alibi pour ne rien faire. Bien au contraire. C’est le propos du Sustainable Synergies Group, fondé par Frédéric de Hemptinne pour le secteur du transport et de la logistique. A quoi bon, par exemple, développer un nouveau procédé de recyclage pour une certaine catégorie de déchets s’ils ne sont pas collectés d’une façon appropriée ? L’expérience montre que ce sont les modalités d’organisation de la collecte qui pèsent le plus dans  le bilan environnemental final. On ne doit donc pas pas se focaliser sur les seules avancées technologiques. L’important est surtout de mettre en œuvre de nouveaux modèles d’organisations.

Elie Le Du, avec le concours de Marie Manières.

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© Elie Le DU, propos recueillis par sedna

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