hissa

Chef inspiré, attaché aux traditions millénaires de la cuisine chinoise et japonaise, à leur rapport à la nature, à la santé, à la spiritualité, créateur toujours en mouvement, maître en sushis et bentos, écrivain soucieux de transmission, consultant es-cantines, promoteur d’une « cuisine-live » – délivrée aussi bien au show-room Toyota des Champs-Elysées qu’au Divan du Monde, au Centre des Arts d’Enghien ou au festival Tokyozone -, qui allie le geste à la musique sur des écrans géants, Hisayuki Takeuchi (Hissa) est  difficile à classer. Mais il symbolise bien ce qui fascine l’Occident dans le Japon contemporain.

Un kaiseki réinventé… Au cycle des saisons, des découvertes, des sensations…

Arrivé à Paris en 1985 pour y parfaire sa pratique de l’art culinaire français, Hissa ouvre en 1999, dans le 15e arrondissement, avec sa femme Elisabeth, un restaurant « laboratoire ». Il y réinterprète en liberté à chaque saison, chaque soir, pour chaque convive, le concept très codifié du kaiseiki-Ryori.

Le kaiseki évoque les seki, pierres chaudes que les moines transportaient contre leur ventre (kai) pour se réchauffer et éloigner la faim. Ce repas frugal, mais très élaboré et codifié selon le rythme des  saisons, était servi avant la cérémonie du thé pour affiner le goût. Celle-ci s’inscrit elle-même dans un acte artistique complet (décor floral, vaisselle, composition des plats…).

S’il est toujours possible de déguster sur place, midi et soir, au « Laboratoire » ou de se faire livrer à domicile un bento ou une composition de sushis, on vient  le plus souvent  chez Hissa après avoir cassé sa tirelire pour s’offrir – et offrir – l’occasion de découvrir l’une des compositions du chef. Ce 6 mars 2010, la « carte blanche » s’appelle « Apollonios », en honneur au mathématicien grec et aux étoiles de sa galaxie. Elle commence par des huitres au saké de riz et au yuzu, avec une composition de saumon sauvage, des coquilles Saint-Jacques illuminées de touches de fruit de la passion et de framboises. Suit un assortiment de sushis sauvages. Le menu « Fontainebleau » conjugue aussi  le cru (thon, saumon et coquilles Saint-Jacques, huitres tièdes au yuzu…) au cuit (boeuf de Kobé à cuire sur pierrade, aux légumes et fruits du marché). Ganache au chocolat et grenade. Aux quatre points cardinaux, un feuilletage à l’encre de seiche enrobe de l’anguille. Un vin naturel d’Alsace accompagne très opportunément le festin.

PlatApollonios BoeufKobeHissaPlatsushisdessert

Dessert de la Saint-Valentin. Cheesecake à la polonaise en honneur à Marilyn Monroe, glace au thé vert, au sésame noir, tartelette à la ganache, blanc manger. Mélange de sirops et jus.

APOLLONIOS OU L’INSPIRATION DES ÉTOILES 

Joie de vivre, souci de la santé et connaissance du vivant

Passionné de poésie, d’arts plastiques et de  littérature, le jeune Hissa a hésité jadis entre cuisine et écriture. Son mariage et la naissance de trois fils en ont décidé pour lui. Linguiste et universitaire (c’est une spécialiste, en particulier, du manga culinaire), Elisabeth fait équipe avec son mari, popularisant par de nombreux livres sa vision de la cuisine et ses créations, concevant des boîtes à bentos inspirées d’oeuvres poétiques… tout en gérant le restaurant, la communication et en s’occupant de sa famille.

En ouvrant le « Laboratoire » et en multipliant les expériences créatrices, Hissa a retrouvé, dit-il, « la joie, l’énergie« … Chaque plat est inspiré d’un tableau, d’une oeuvre littéraire, musicale. Du kaiseki, il garde le rapport à la nature, aux saisons, l’acte de don,  l’importance du geste, une réflexion approfondie sur l’apport nutritif et l’équilibre des aliments. « Le banquet japonais est depuis toujours, l’expression festive et gourmande du désir d’accéder à l’immortalité« , écrit-t-il en introduction de Nouvelle cuisine japonaise – Recettes pour le corps et pour l’esprit (Agnès Viénot Editions, 2008). « Ma mère a plus de 80 ans. Mon souhait est de lui permettre de vivre bien et le plus longtemps possible« , ajoute-t-il. Et il suffit de regarder Hissa (qui paraît bien dix ans de moins que ses 48 ans) et les trois magnifiques (et pleins d’humour) jeunes fils qu’il a eus avec Elisabeth, pour se dire que la recette doit être efficace.

Elisabeth Takeuchi

Elisabeth Paul-Takeuchi

Créateur du « Mozart orange« ,  de la « Madeleine au thé vert » et autres « gâteaux inédits »,  Hissa consacrera son prochain livre  « à la pâtisserie qu’il ne faut pas reléguer au seul dessert« . Il a aussi « revisité le thé vert » avec le T©, ainsi que le « wasabi occidental« , qu’il a remplacé par le U© (conçu avec du yuzu importé de son village natal et du piment).

À la visite au restaurant (10h-23h30)  et au salon de thé (pour une dégustation de T© vert maccha façon kaiseki ou de sen-cha), s’ajoute la possibilité de commander par téléphone ou en ligne (4 choix de bentos à partir de 35 euros et un bento enfant).
En 2001, Hissa a aussi créé avec Elisabeth une Ecole du Sushi du samedi (ateliers de makis, bentos et sushis, conseils pour réussir la soupe miso ; initiation au thé japonais, au saké, découverte des algues, redécouverte du yuzu, dégustation de produits…).

Une part de moine bouddhiste et d’animisme shintoïste

Parmi les « principes directeur du maître » : « absolue fraîcheur des produits ; assemblage des saveurs, des couleurs, des énergies ; hygiène et transmission » (tous les ingrédients sont naturels, jusqu’aux produits de nettoyage et on apprend, avec l’art du bento, à sublimer les restes).
Créateur à l’écoute de son temps, il y a aussi chez Hisayuki, selon Elisabeth,  « quelque chose de profondément japonais, une part du moine bouddhiste et de l’animisme shintoïste« . Hissa assure ne jamais aller au restaurant et préférer manger un simple bol de nouilles ou, mieux,  faire un pique-nique avec sa famille pour « écouter le bruit des oiseaux et de l’eau qui coule dans les ruisseaux« .

Eihei Dôgen (1200-1253), grand maître de l’école Soto du bouddhisme zen qu’il a introduite au Japon, rédige à son retour de Chine « Les instructions au cuisinier » ( »Tenzo kyôkun »), peu après avoir installé le premier monastère zen près de Kyoto. Le tenzo, le cuisinier, en est un personnage central. Dôgen lui rappelle que la cuisine est une pratique totale, confiée à des maîtres en Chine. Trois dispositions d’esprit y participent : l’allégresse, la gentillesse, le souci de la communauté et le don de soi. La parfaite connaissance et le respect du vivant sont essentiels. L’esprit des plantes, leur énergie, leur lumière, leur couleur, leur forme, leur apport à l’équilibre et à la santé : tout intervient dans ce travail d’accomplissement, de partage et de création. Savoir couper les légumes, les conserver, avoir le geste juste, ne rien gaspiller qui puisse manquer à d’autres…

LE TRAVAIL DES COULEURS


LES LECTURES D’HISSA

Le bento populaire revisité…

Après celui du sushi, Hisayuki Takeuchi a revisité le concept du bento.

Le bento est au Japon à la fois la boîte et le repas emporté qui rejoint souvent dans le cartable ou le sac la bouteille de thé.  Il comprend en général une portion de riz, avec une sauce ou du sésame, du poisson grillé ou pané, de la viande, ou de l’omelette roulée, des légumes marinés, une salade – de concombre et de pomme de terre -, une tranche de fruit. Préparé le matin en famille, il est aussi vendu au Japon dans des bento-ya. Ses vertus économiques,  écologiques et gustatives ont généré une bentomania qui a gagné la France. De nombreux sites, Web notamment d’étudiants (http://www.studyvores.com/), sur la santé (http://www.guerir.org/magazine/omega-3-cuisine-japonaise-001), de diététiciens (voir le site d’Ariane Grumbach) ou de cuisiniers et designers, s’y intéressent et proposent des recettes ou des modèles de bento dernier cri à acheter en ligne..

Les guides pratiques très illustrés du chef Hisayuki Takeuchi et d’Elisabeth offrent des recettes pour ces bentos où l’on peut déposer un peu de soi-même : bento pour son écolier, bento d’amour, d’amitié, du printemps, de l’automne, bentos de vacances ensoleillées, bento de l’étudiant… Et des conseils pour manger moins cher et mieux, accommoder les restes avec inventivité,  conjuguer céréales, protéines, poissons, légumes, fruits, condiments.

Pour en savoir plus :
. Le manuel pratique du bento.
Elisabeth Takeuchi & Hissa Takeuchi, photos de Patrick Aufauvre, Agnès Viénot Editions, 2010.

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. Le bento : une boîte à manger beau et bon ! Elisabeth Takeuchi, Hisayuki Takeuchi, Patrick Aufauvre. Agnès Vienot Editions, 2010

Acheter son bento, trouver des recettes en ligne
http://www.bento.fr/
http://www.bentoandco.com/
http://www.monbento.com/
http://www.obento.fr/
http://frenchbento.canalblog.com/
http://namcuisine.wordpress.com/
http://www.myboox.fr/video/

… L’expérience Toyota et les nouveaux projets de « cuisine-live »

En 2008, Hissa « signe un nouveau concept » pour le showroom Toyota, aux Champs-Elysées, dans un décor du designer Ora-Ito (fils du joaillier Pascal Morabito, il a notamment  été primé en 2002 pour la bouteille en aluminium d’Heineken). « Repas pratique de haute gastronomie, le Kaiseki-bento est servi dans une boîte conçue par le chef et dégustée dans le Kaiseki Bento, un bar japonais bio, au premier étage du Rendez-Vous Toyota« . Un écran vidéo rediffuse alors le « geste » du chef en live, tandis que Toyota projette sur un autre écran des images liées au développement durable.

Aujourd’hui, après l’expérience Toyota, Hissa a le projet de développer le concept de « cuisine-live », où il alliera le geste à la musique sur un écran. Car, dans la nouvelle cuisine japonaise, tout a du sens.

TOYOTA

L’ART ET LE GESTE

LA « CUISINE-LIVE »

Marie Manières


Pour en savoir plus

. Kaiseki, 7bis rue André Lefebvre, 75015 Paris, 01 45 54 48 60, métro 10 Javel – André Citroën, Rer C.
http://www.kaiseki.com
Tous les jours sauf le dimanche,  de 12h à 15h et de 19h à 23h.
Vente à emporter ou livraison à domicile.
Ecole de sushis le samedi.

. Nouvelle cuisine japonaise, recettes pour le corps et l’esprit. Hisayuki Takeuchi, Elisabeth Takeuchi, Nicolas Bertherat (Agnes Viénot editions, 2003, 2008).
. Sushis et makis faciles
, Hisayuki Takeuchi (Les Editions Culinaires, 2009).
. Sushi bar
. Hisayuki Takeuchi, Patrick Aufauvre, Elisabeth Paul-Takeuchi  (Minerva, 2008).
. Leçon de Sush
i, Hisayuki Takeuchi (Les Editions culinaires d’Alain Ducasse, 2008).
. Le yuzu.
Dix façons de préparer. Hisayuki Takeuchi (Editions de L’Epure, 2004).

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