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Diplômé de l’Ecole Polytechnique et de l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, ancien élève de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, Ingénieur général des Ponts et Chaussées, THIERRY CHAMBOLLE a été directeur de l´eau, de la prévention des pollutions et des risques, puis délégué aux risques majeurs au ministère de l’Environnement.  Jusqu’au début des années 90, il a, ensuite, occupé plusieurs postes de responsabilité (recherche, développement technologie, environnement, stratégie)  à la Lyonnaise des Eaux devenue ensuite Suez.

Ancien président de la commission environnement du Business Industry Advisory Committee (Biac) à l’Office central de développement économique (OCDE), du comité changement climatique du Medef, du comité consultatif de l’Association des entreprises pour la réduction de l’effet de serre (Aeres), actuel président de la commission ‘’environnement’’ de l’Académie des technologies, du comité consultatif du fonds d’investissement Demeter, du conseil scientifique du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), THIERRY CHAMBOLLE a été chargé, en 2002, par les ministères de l’Economie, de l’Industrie, de l’Environnement et de la Recherche de présider le groupe de travail  »Nouvelles technologies de l’énergie », puis, en 2006, par le Premier ministre de la rédaction d’un  »Plan d’action pour favoriser l’investissement et la création d’entreprises dans le domaine des écotechnologies ».

Pour vendredi-matin.fr, il explique les caractéristiques et atouts de ce secteur et, dans quelles conditions, il peut apporter sa contribution à la relance économique.

- Comment définir les éco-entreprises ?
THIERRY CHAMBOLLE. Ce sont des entreprises dont l’essentiel de l’activité est tourné vers la vente de produits, services ou process destinés à protéger l’environnement et le climat par des politiques de prévention ou de réparation. Certains secteurs sont très en vogue : c’est le cas aujourd’hui, compte tenu des préoccupations liées au réchauffement climatique, de l’énergie,  et en particulier des énergies renouvelables et des économies d’énergie. Mais, on y trouve aussi des entreprises dont le champ d’intervention est la biodiversité, l’économie des matières premières, la qualité de l’air, de l’eau, des sols.
En 2008, après la remise de mon rapport, Nathalie Kosciusko-Morizet a créé un comité stratégique des éco-industries – ‘éco-industries’ a été privilégié à la demande probablement du ministère de l’Industrie qui défend les industries classiques soucieuses de se ‘’verdir’’. La différence est un peu subtile, mais, par exemple, quand un constructeur automobile diminue l’impact des émissions de ses véhicules classiques, il ‘verdit’ son activité alors que s’il crée une filiale pour faire des véhicules électriques,  c’est une éco-entreprise qu’il tente de développer.

- D’où l’idée de créer un ‘’label’’ pour ces entreprises ? Est-ce vraiment nécessaire ?
T. C. La France est déjà un pays très compliqué. Créer de nouvelles lois, de nouveaux organismes, de nouveaux labels… Plus la société progresse, plus il y en a. Et cela devient difficile de démêler tout cela … Mais, ne faut-il pas un dispositif spécifique, en particulier pour donner aux banques des garanties qui vont les inciter à accorder plus facilement des prêts aux éco-entreprises sur le modèle de ce qui a été fait précédemment pour les entreprises des secteurs des biotechnologies et des technologies de l’information (NTIC). J’ai proposé que, comme pour ces dernières, les garanties de prêt passent à 70 %, ce qui donnerait aux banques une meilleure assurance de remboursement.
Mais, on identifie plus facilement une entreprise de biotechnologie qu’une éco-entreprise. Comment évaluer que telle ou telle entreprise contribue valablement à l‘amélioration de l’environnement ? Le ministère a repris ce que notre rapport avait proposé. Un processus a été lancé par Afnor Certification et le CD2E. Aujourd’hui, il s’agit d’un système basé sur le volontariat : ce sont les entreprises qui prennent l’initiative, avec l’objectif d’améliorer leur visibilité et leur crédibilité vis-à-vis des donneurs d’ordre. Naturellement, vis-à-vis de l’opinion, un label permet un positionnement plus favorable en termes de communication. Je reste persuadé que s’il y avait aussi à la clé des facilités pour l’obtention des prêts bancaires, il y aurait plus de candidats…

- Quels sont les critères de qualification ?
T. C.
L’entreprise qui postule au label doit avoir plus de 50 % de son activité dans le champ de l’environnement ou de l’énergie non carbonée. Un département (ou une filiale spécialisée )d’une grande entreprise « traditionnelle » pourrait aussi être labellisé. On n’évalue pas seulement la performance de la technologie mais aussi l’écoresponsabilité de l’entreprise postulante,  quant à ses moyens de production, ses achats, ses sous-traitants…

- Depuis votre rapport de  2006, quel bilan peut-on établir du développement des éco-entreprises ?
T. C. Outre la création du comité stratégique des éco-industries et le concours qu’apporte le ministère de la Recherche aux stades de la faisabilité et du démarrage, les pouvoirs publics ont mis 375 millions d’euros à disposition de l’Ademe pour favoriser la démonstration. Ce ‘’fonds de démonstration’’ permet de prendre le relais de la recherche pour aider les entreprises qui en sont au stade de la construction du prototype ou de la première industrialisation. Une douzaine de régions ont également inclus des mesures d’aides financières dans leur schéma régional de développement économique. On voit donc que la France n’est pas désarmée pour le soutien aux éco-entreprises, même si dans certains cas, en fonction des affinités des organismes publics ou des collectivités l’action est plutôt orientée vers le ‘’verdissement’’ des industries traditionnelles que vers l’éclosion ou le développement d’initiatives nouvelles.

- Comment les principaux acteurs concernés – financeurs, donneurs d’ordres…- répondent-ils à ces incitations publiques ?
T. C.
Le premier acteur, c’est l’opinion publique. Elle est très sensible à ces problèmes. Le facteur déclenchant a probablement été la menace du réchauffement climatique : les générations nouvelles y sont beaucoup plus attentives que celles qui les ont précédées. On constate d’ailleurs que les choses bougent plus par l’action de l’opinion publique, des élus, parce « qu’il faut faire quelque chose », que par le jeu des mécanismes classiques de marché.
Il y a certes un mouvement indéniable de sympathie en faveur des éco-entreprises. Mais, cela ne suffit probablement pas encore pour aller jusqu’à l’acte d’achat de produits plus chers parce qu’ils sont plus écologiques.
Du côté des établissements financiers, on constate un certain frémissement. Pour parler de celui que je connais le mieux, parce que j’en préside le comité consultatif, le fonds d’investissement spécialisé Demeter, constitué il y a 4 ans, a pu utiliser un premier fond d’une centaine de millions d’euros et, en pleine crise, a pu lever un deuxième fond de 200 millions d’euros. Il y a des candidats en nombre : au dernier trimestre 2009, son ‘’deal flow ‘’ – le flux de dossiers d’investissement – représente plus de cent projets. Demeter investit dans des entreprises situées à 40 % dans le domaine de l’environnement classique et à 60 % dans les énergies renouvelables et économies d’énergie. Le fonds est présent en France, Allemagne et Espagne, trois pays qui différent par le degré de maturité environnementale : l’Espagne est plus innovante mais plus en retard, la France dans une position intermédiaire alors que l’Allemagne, dont la tradition écologiste est très solide, souffre d’une certaine rigidité dans sa démarche.
Je cite Demeter, mais il y a beaucoup d’autres fonds qui se tournent vers les éco-entreprises. Le capital-risque, le capital-développement, qui étaient presque exclusivement dédiés aux biotechnologies et NTIC, ont ouvert des sections pour les éco-technologies ou éco-entreprises.

- Quel type d’éco-entreprise se développe le plus actuellement ?
T. C. Il y en a beaucoup dans le secteur des énergies renouvelables, plus que dans l’environnement classique (eau, air, sol, récupération des déchets). Mais, il y a parfois des incitations un peu artificielles, comme le prix de rachat de l’électricité imposé à EDF, qui favorise les technologies solaires. Un domaine devrait connaître une certaine croissance, c’est celui qui concerne les matières premières. En effet, ce n’est pas seulement de sources d’énergies fossiles dont nous allons manquer d’ici quelques dizaines d’années mais aussi de beaucoup de ressources minérales.

- Quel rôle jouent les grandes entreprises dans ce mouvement ?
T. C.
Cela fait près de 40 ans que les grands industriels font des efforts pour réduire leurs émissions polluantes. Leurs objectifs se situent maintenant dans d’autres domaines que les émissions – même si tous les problèmes qu’elles posent ne sont pas complètement résolus. La chimie, par exemple, recherche de nouvelles sources de matières premières, des sources renouvelables. Les grands groupes sont désormais plus préoccupés par le devenir et le recyclage de leurs produits (le cycle de vie) puisqu’ils ont généralement traité la question des pollutions dans leurs sites de production entre les années 70 et 90.
Leurs challenges en matière d’écologie, leurs enjeux sont différents, secteur par secteur. Par exemple pour les cimentiers, il s’agit peut-être de se préparer à mettre moins de ciment dans le béton – ce qui est techniquement tout à fait possible : la quantité exigée par les cahiers des charges des travaux publics pourrait être divisée par deux sans réel problème de résistance. Pour le secteur du papier, il faut peut-être s’interroger sur la croissance constante de la consommation malgré les progrès considérables de la dématérialisation, de la numérisation. Il y a  là probablement un problème de discipline.
Chantal Jouanno dit, à cet égard, que pour progresser en matière environnementale, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, une moitié de la solution viendra des progrès technologiques, l’autre du changement des comportements.
On constate que les ‘’institutionnels’’ misent plutôt sur les progrès technologiques tandis que les écologistes radicaux prônent l’économie, la consommation sobre, voire une certaine décroissance. Beaucoup d’écologistes estiment qu’il faut changer d’approche en matière de durée de vie des produits, qu’il  faut passer d’une économie de courte vie et de  remplacement à une économie de réparation. Cette dernière a notamment l’avantage de créer des activités qui ne sont pas délocalisables contrairement à la production de produits neufs.

A vrai dire, les deux voies sont complémentaires.

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Propos recueillis par H. L.