Thouvignon2Jean-Michel Thouvignon n’a jamais eu les deux pieds dans le même sabot. Après des études d’ingénieur à l’IDN (Centrale Lille), il fait son service national au Maroc, où il enseigne les mathématiques. Une expérience de conducteur de travaux dans le BTP lui apporte la connaissance du terrain. Recruté à Gaz de France en 1982, il devient en 2003 délégué régional de GDF-Suez pour la région Haute Normandie. Une mission qui lui permet de s’investir auprès des acteurs du territoire dans des projets qui conjuguent développement économique, innovation, action culturelle et insertion.
Appelé depuis 2009 à Paris par son entreprise pour animer la concertation de grands projets, il est resté président de Grandde (
Groupement Régional des Acteurs Normands pour le Développement Durable en Entreprises), une association qui accompagne les entreprises régionales dans leur démarche de développement durable, avec une forte inflexion sociale.
Jean-Michel Thouvignon a conservé aussi la présidence du conseil de développement de la communauté de communes Caux vallée de Seine. C’est à tous ces titres que les élus lui ont demandé en 2008 et 2009 d’être le rapporteur de l’atelier « Economie » du Grenelle du développement durable des pays de l’estuaire de la Seine. Les travaux de l’atelier se sont concrétisés par la préfiguration d’une démarche d’écologie industrielle à l’échelle des territoires de l’Estuaire. L’ambition est aussi de créer de nouvelles filières, de développer la formation et l’accompagnement de futurs actifs vers de nouveaux modes de vie et métiers.

- Quel est le projet de Grandde et comment intervenez-vous ?
Jean-Michel Thouvignon. Grandde est un «promoteur d’idées». Il accompagne aussi les entreprises dans leur mise en oeuvre. Nous aidons, par exemple, certaines d’entre elles à réaliser leur bilan carbone.
Le champ d’action de Grandde ne se résume pas pour autant à l’environnement. L’implication du monde économique dans des projets sociétaux fait partie du développement durable.  Des actions ont été initiées pour aider des jeunes à trouver un emploi, comme l’opération « 100 chances pour 100 emplois » menée dans un quartier de Rouen par Schneider Electric avec l’aide de Grandde.
Il s’agit avant tout de recréer du lien social, par un travail d’accompagnement, des formations, l’accès à l’emploi si possible, mais aussi par une ouverture à la culture ou au sport – qui donne des règles de vie – et ainsi offrir de meilleures chances d’intégration, redonner de l’espoir.
Nous avons aujourd’hui une centaine d’adhérents – entreprises, établissements financiers, collectivités locales, enseignants, associations. Ces « regards croisés » font la richesse de Grandde. Nous travaillons avec l’appui des services déconcentrés de l’Etat : la direction départementale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle apporte, par exemple, son soutien à la réalisation d’un outil informatique pour traiter les offres de contribution des entreprises à des opérations telles que « 100 chances pour 100 emplois ». L’État, la Région et l’Union européenne co-financent des actions collectives, tandis que l’Ademe et la Caisse des dépôts et Consignations soutiennent certains projets.

- Quel est l’objectif de votre engagement ?
J.-M. T. Il est indispensable aujourd’hui de repenser les « fondamentaux », de poser la question de l’action économique dans son environnement, dans la société. La finalité de l’entreprise est aussi de contribuer au bien commun.
Les pouvoirs publics, les collectivités locales, les entreprises, l’opinion publique peuvent oeuvrer ensemble, sur des projets communs. Trop rares sont les espaces qui permettent de telles démarches.
Des initiatives comme le Grenelle des pays de l’Estuaire ouvrent précisément des portes pour d’autres modes de gouvernance, avec les entreprises et les élus, afin d’anticiper les mutations et d’aider les habitants à s’y préparer.
La mission de Grandde rejoint ce souci de faire partager des projets par l’ensemble des composantes d’un territoire.

- Quelle place peut prendre l’écologie industrielle dans ces projets ?
J.-M. T. L’écologie industrielle est une forme d’économie nouvelle, porteuse d’espoir. L’objectif de la démarche initiée par les pays de l’Estuaire est de permettre à leurs territoires, à leurs acteurs, de se l’approprier et de décider ensuite comment la mettre en œuvre ensemble.
Au-delà de l’analyse des flux de matières des territoires, elle a une réelle dimension sociale. J’y vois là l’illustration d’une collaboration nouvelle et nécessaire entre différentes composantes de notre tissu sociétal local.
L’écologie industrielle offre un outil pour ce travail commun et permet de se poser les bonnes questions : quel objectif partageons-nous? Quelle économie voulons nous construire pour demain ?
Nous pouvons commencer à travailler à un niveau très local et essaimer progressivement vers des échelles et réseaux plus larges.


Au sein de la Mission Grands Projets de GRTgaz (filiale Transport par canalisation de GDF Suez), Jean-Michel Thouvignon est aujourd’hui plus spécialement chargé de la mise en place de partenariats et de concertations. Il accompagne également les réflexions de l’entreprise sur la prise en compte du développement durable dans son fonctionnement.
Sa première rencontre avec l’écologie industrielle  a eu lieu dans le cadre de ses responsabilités à GDF-Suez (l’entreprise a participé à la création de l’association Ecopal. Elle a aussi mené, notamment, une étude de « métabolisme » industriel dans l’agglomération lilloise).
Ces missions  lui ont donné l’occasion d’initier des projets à vocation sociale, comme un partenariat entre GDF Suez et L’AUTOBUS, association qui assure des missions de SAMU Social dans  l’Agglo de Rouen.  Lui-même a siégé à son conseil d’administration. Aujourd’hui, une dizaine de personnes du groupe GDF Suez s’y impliquent directement.
L’association Entreprendre pour apprendre, créée en Haute-Normandie il y a un peu plus de deux ans, a pour but d’inciter des collégiens et des lycéens à créer des micro-entreprises (dont elles apprennent ainsi le fonctionnement) et à les accompagner dans leur projet. Le recteur de l’académie de Rouen s’est intéressé à la démarche. L’association est désormais présidée par le président régional  de la CGPME.

Thouvignon4

Thouvignon3

Thouvignon1