Café-croissants du vendredi : dans la presse et chez les libraires. Essais et débats, économie, social, communication

L’ACTUALITÉ DE LA CRISE
- Etats-Unis : l’horizon économique s’assombrit, sans récession
Les Echos, 10 août 2010. « Le niveau élevé du chômage aux Etats-Unis et ses effets sur la consommation ont incité les analystes à réviser à la baisse leur estimation de croissance pour le deuxième semestre, montre une enquête de Reuters publiée mardi.
Cette dégradation des perspectives économiques intervient après la publication vendredi des chiffres officiels de l’emploi pour juin, marqués par 131.000 suppressions d’emplois non-agricoles (…) ces statistiques ramène à 2,4% en rythme annualisé leur estimation de croissance pour le troisième trimestre, et à 2,5% pour les trois derniers mois de l’année. (…) en juin, les prévisions donnaient un PIB en hausse de 2,6% au troisième trimestre et en progression de 2,7% au suivant. (…) « Les dépenses de consommation sont plus faibles que nous le pensions et comme le marché de l’emploi reste faible, nous pensons que les dépenses de consommation vont rester orientées à la baisse », a déclaré David Resler, chef économiste de Nomura Securities à New York. »
- L’économie mondiale devrait éviter la récession en « W »
Le Nouvel Observateur, 10 août 2010. « Les premières économies de la planète devraient, sous la conduite des Etats-Unis, ralentir sur le reste de l’année, mais la probabilité d’un retour de la récession est très faible, selon une enquête Reuters menée auprès de 250 économistes.
Réalisée après l’annonce vendredi dernier d’un nombre de destructions d’emplois supérieur aux créations de postes en juillet aux Etats-Unis, cette enquête reste étonnamment optimiste. Même si les pays émergents, comme l’Inde ou la Chine, anticipent un ralentissement de leurs économies, la plupart des analystes et des investisseurs restent confiants quant à la solidité de leur croissance et leur capacité à amortir les difficultés rencontrées par les Etats-Unis. A cela s’ajoute également un certain soulagement à l’égard de la situation de la dette souveraine de la zone euro, un temps menacée par la situation budgétaire de la Grèce. (…)
Mais la principale préoccupation de ces économies porte sur le maintien à un niveau élevé du taux de chômage et la bataille pour l’emploi apparaît comme le défi économique majeur des mois à venir. La situation de l’emploi pèse en effet sur la consommation des ménages, l’un des principaux moteurs de la croissance, en particulier aux Etats-Unis. »
- L’euro regagne du terrain face au dollar
AFP, 2 août 2010. « TOKYO – L’euro regagnait un peu de terrain lundi matin face au billet vert, près de 1,31 dollar, dans un climat persistant de craintes d’une reprise américaine moins forte que prévu et dans l’attente des chiffres de l’emploi et du chômage aux USA qui doivent être publiés en fin de semaine. »
« Des fluctuations excessives ou des mouvements désordonnés ne sont pas souhaitables pour la stabilité des économies et des marchés financiers », a décaré M. Noda à la presse. (…) Une hausse du yen pourrait ralentir la reprise économique du Japon, tirée par les exportations, en rendant les produits nippons moins compétitifs.
« Le marché attend maintenant les chiffres de l’emploi américain », qui doivent être publiés vendredi, pour mieux apprécier la reprise de la principale économie mondiale, a déclaré Daisuke Karakama, économiste à la Mizuho Corporate Bank.
L’euro avait baissé vendredi après la publication d’un ralentissement plus fort que prévu de la croissance du Produit intérieur brut américain pour le deuxième trimestre, avant de se stabiliser dans la soirée autour de 1,3050 dollar. »
- L’économie américaine s’essouffle faute de consommation
Les Echos, 2 août 2010. « Comme prévu, la croissance économique américaine a été plus modeste au deuxième trimestre 2010. Selon les premières estimations du département du Commerce américain, le PIB a crû seulement de 2,4 % en rythme annuel sur les trois derniers mois de l’année, contre 3,7 % au premier trimestre. Les économistes ont pointé la faiblesse des dépenses des ménages pour expliquer ce résultat décevant. Dans ce contexte, la Bourse de Paris a abandonné 0,83 % vendredi tandis que l’euro revenait à 1,3050 dollar. La moindre croissance aux Etats-Unis commence à avoir des répercussions sur les économies des pays asiatiques, en Chine et au Japon en tout premier lieu. »
- La Banque du Japon ne devrait pas toucher au Yen
Investir, Dow Jones, 2 août 2010 . « Alors que le redressement de l’économie japonaise ralentit et que le yen atteint de nouveaux points hauts depuis le début de l’année face au dollar, la banque centrale nippone risque d’être de plus en plus poussée à intervenir sur le marché pour freiner sa devise. (…) Une poursuite de l’appréciation de la monnaie japonaise fragiliserait un peu plus la reprise de l’économie du pays, et la Banque du Japon ne tarderait pas à se retrouver au pied du mur.
Pour des raisons purement diplomatiques, le Japon préférerait ne pas intervenir.
La dernière chose que souhaite Tokyo est d’avoir à justifier une manipulation de devise auprès de Washington, alors que les responsables américains s’efforcent encore d’inciter la Chine à laisser le yuan s’apprécier. (…)
Il est néanmoins peu probable que le dollar continue de chuter.
Par conséquent, même si la hausse du yen est importante et que les conséquences politiques en sont douloureuses, il y a des chances que la Banque du Japon conclue qu’il est préférable de garder son calme et d’attendre que la situation s’améliore d’elle-même. (…) »
- Le « Financial overhaul » aux États-Unis et La condamnation de Goldman-Sachs
Blog de Paul Jorion. 16 juillet. Regarder son exposé en vidéo.
ECONOMIE ET ENVIRONNEMENT
- Les « éco-investissements » en hausse en France au deuxième trimestre 2010
La Tribune, 16 juillet 2010. « Dans son « Baromètre des levées de fonds cleantech en France » trimestriel, qu’il publie ces jours-ci, le club Cleantech (composé de 52 investisseurs spécialisés dans le secteur) de l’Association française des investisseurs en capital (Afic) note une hausse des investissements dans la filière verte pour le second trimestre 2010.
Ce sont ainsi 24 opérations de levées de fond qui ont eu cours au deuxième trimestre 2010, pour un montant de 79,1 millions d’euros, contre 20 opérations à 55 millions d’euros recensées au trimestre précédent.
Le baromètre indique également que le secteur des énergies renouvelables concentre le plus d’investissements, avec 8 opérations pour 42 millions d’euros, devant le secteur de l’efficacité énergétique avec 5 opérations pour 18,9 millions d’euros. Ainsi, avec 17,4% des investissements européens, la France apparaît comme le second marché européen des cleantechs, derrière la Grande-Bretagne avec 43,5%. »
A LIRE…
- Le développement humain, Lutter contre la pauvreté (I)
par Esther Duflo (Seuil, République des Idées, janvier 2010).
C’est en utilisant la méthode de l’expérimentation aléatoire, de l’Inde au Malawi, du Kenya au Mexique, qu’Esther Duflo essaie de comprendre pourquoi les politiques traditionnelles de lutte contre la pauvreté sont si inefficaces. La méthode consiste à évaluer l’efficacité de programmes pilotes en introduisant des éléments de hasard dans leur mise en œuvre. Cette méthode originale est inspirée d’essais cliniques. Grâce à ces expérimentations, Esther Duflo établit un constat finalement très pessimiste, celui d’une frilosité politique en matières d’éducation et de santé. « Les systèmes officiels d’éducation et de santé sont, dans une large mesure, le produit de l’imagination de bureaucrates et d’experts qui n’ont de rapport direct ni avec les besoins des personnes, ni avec les réalités du terrain. » Pour tenter de faire progresser la santé et l’éducation, il faut d’abord abandonner le simple constat de la réussite ou de l’échec des politiques et tenter de comprendre la richesse des comportements et des motivations des acteurs, qu’il s’agisse des parents, des enfants, des enseignants ou du personnel médical.
Esther Duflo est professeur en économie du développement au MIT et titulaire de la chaire « Savoirs contre la pauvreté » au Collège de France.
ÉNERGIE
- L’industrie européenne veut ouvrir des autoroutes Sud-Nord de l’énergie
Le Monde, 7 juillet 2010. » Douze groupes européens (Siemens, EDF, RTE, Alstom, Areva, Nexans, la Caisse des dépôts…) et l’égyptien Taqa Arabia ont signé, lundi 5 juillet à Paris, un protocole pour la création d’une société chargée « d’étudier l’utilité et la faisabilité » de ce réseau de transport d’électricité entre les rives sud et nord de la Méditerranée.
Ces six lignes à haute tension sous-marines reliant l’Afrique du Nord et le Proche-Orient à l’Espagne, l’Italie, la Grèce et la Turquie seraient alimentées par les centrales solaires de Desertec – projet gigantesque (400 milliards d’euros) porté par de grandes firmes européennes, notamment allemandes. Objectif de ces deux chantiers : accompagner le développement des pays du Sud et assurer 15 % de la consommation européenne en électricité sans CO2 à l’horizon 2050. [...]
Certains doutent de projets aussi titanesques que Desertec, jugés irréalistes. « Il faut se réveiller », a souligné Christophe de Margerie, le 3 juillet, lors des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Le PDG de Total, partisan du développement de l’énergie solaire, a plaidé pour un effort accru de recherche et développement dans ce secteur. »
DÉBATS. L’ACTUALITÉ ET LA CRISE
- Aix 2010 : dix mesures pour une croissance européenne
La Tribune, 4 juillet 2010. L’intégralité de la déclaration des Rencontres d’Aix du Cercle des économistes.
« En conclusion, après avoir rappelé la gravité de la situation dans la continuité des Rencontres précédentes, le Cercle se veut cette année résolument porteur d’espoir. Nos pays peuvent rebondir s’ils mettent en oeuvre sans plus attendre la transition vers la nouvelle croissance. L’enjeu est de rester en course vis-à-vis des Etats-Unis et des grands pays émergents. A défaut de coopération, il faut apprendre à faire cohabiter une croissance équilibrée, décentralisée des pays européens avec la croissance de rattrapage des pays émergents. »
- Les économistes craignent une nouvelle récession
Le Figaro, 4 juillet 2010. « Le Cercle des économistes réuni à Aix-en-Provence pour les Recherches économiques suggère la mise en place d’un grand emprunt européen pour relancer la croissance mondiale. Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, ne croit pas à une nouvelle récession.
« Je ne crois pas au risque d’une nouvelle récession. Au niveau mondial, il est clair que nous sommes en phase de reprise, confirmée particulièrement dans le monde émergent, mais aussi dans le monde industrialisée», selon Jean-Claude Trichet. Ce qui ne l’empêche pas de rester prudent. «La croissance n’est pas écrite dans le monde industrialisé, cela dépend de la capacité des pays industrialisés à renforcer la confiance des ménages, des entreprises et des entreprises», poursuit-il. (…)
Loin de pouvoir afficher des taux de croissance comparables à ceux des pays émergents, l’Europe a donc tout intérêt à se mettre d’accord sur la prochaine marche à suivre. Sans quoi elle sera réduite à «un lieu de culture et de tourisme», conclut Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes. »
- Après la crise ? La crise…
Le Monde, 3 juillet 2010. par Frédéric Lemaître.
« Patrick Artus (directeur de la recherche et des études chez Natixis) pose une question essentielle : « La croissance durable est-elle compatible avec une économie de qualité ? » Réponse : malheureusement non. Ses arguments : une économie de qualité (offrant des emplois qualifiés et bien rémunérés et s’accompagnant de conditions de logement satisfaisantes) suppose une réindustrialisation des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Or celle-ci entraînerait une augmentation de la consommation de matières premières, d’énergie et donc d’émissions de CO2. Il serait en effet naïf de ne miser que sur les nouvelles technologies ou les « services verts » : l’expérience américaine montre que ces secteurs créent trop peu d’emplois qualifiés pour éviter un accroissement des inégalités et susciter des gains de productivité qui permettent de financer les besoins sociaux essentiels. »
« Analysant le commerce de 5 000 produits (entre 200 pays), Lionel Fontagné, conseiller scientifique au Cepii, conclut que pour les produits de haute technologie notamment, l’Union européenne a mieux défendu sa base industrielle que les Etats-Unis ou le Japon, « en raison d’une spécialisation favorable et du réservoir de compétitivité que constituent les nouveaux Etats membres ». Un constat sans doute dû… à notre voisin allemand. Irritant, non ? »
SOCIETE
- L’open space m’a tuer
Alexandre des Isnards et Thomas Zuber. Où l’on découvre la réalité, fun et invivable, de l’intérim hautement qualifié qu’est le « consulting » pour les jeunes diplômés. Point d’analyse sociologique de cet avant-goût de la société panoptique qu’est « l’open space ». En revanche, bien écrit par deux consultants fraîchement diplômés de Sciences-Po, souvent drôle, ce petit ouvrage permettra à beaucoup, clients ou parents, de savoir ce que font vraiment les consultants… et de s’interroger sur les valeurs qu’ils découvrent lors de leur première expérience professionnelle !
DÉBATS. L’ACTUALITÉ ET LA CRISE
- Srauss-Kahn confiant sur la reprise
L’Expansion, 30 juin 2010. « Malgré la crise de la dette en Europe, les inquiétudes suscitées par la croissance chinoise et les indicateurs décevants aux États-Unis, le directeur du FMI assure qu’il « n’y aura pas de récession à double creux ». (…) « La reprise va continuer et il n’y aura pas de récession à double creux », a déclaré M. Strauss-Kahn lors d’un forum à Washington. (…)
M. Strauss-Kahn a néanmoins précisé que si l’hypothèse d’une récession en double creux ne correspondait pas au « scénario retenu » par le FMI, « il serait ridicule de dire qu’il n’y a aucun risque » que cela se produise. Au contraire, les risques sont « élevés », a-t-il dit, citant la « situation budgétaire » de certains pays et les problèmes créés par l’afflux massif de capitaux vers les pays à croissance rapide en Asie ou ailleurs.
M. Strauss-Kahn a néanmoins dit penser que les économies d’Asie à la croissance la plus rapide devraient être en mesure de compenser une éventuelle rechute de l’activité aux Etats-Unis ou en Europe, qui apparaissent pour l’instant comme les deux régions où la reprise semble la plus fragile.
Selon ses dernières prévisions publiées en avril, le FMI prévoit que l’économie mondiale se redressera de la récession de 2009 avec une croissance de 4,2% en 2010 et 4,3% en 2011. Le Fonds doit publier le 8 juillet une actualisation de cette estimation. »
EMPLOI, INDUSTRIE
- La justice ordonne le redémarrage de la raffinerie Total de Dunkerque
AFP, Le Point, 30 juin 2010. « La cour d’appel de Douai, dans le Nord, a ordonné, mercredi, le redémarrage de la raffinerie Total des Flandres près de Dunkerque sous 15 jours, pour non-respect des prérogatives du comité central d’entreprise, a-t-on appris de sources concordantes. Selon maître Roger Koskas, avocat du CCE de Total, le groupe pétrolier devra payer 100.000 euros d’astreinte par jour si la décision n’est pas exécutée sur le site qui comprend 367 salariés et environ autant de sous-traitants.
Les avocats des salariés estiment qu’il s’agit de la première décision de réouverture d’un site industriel en France par la justice. »
DÉBATS. L’ACTUALITÉ ET LA CRISE
- Europe et Japon en font trop peu pour la demande intérieure
AFP, 26 juin 2010. « L’Europe et le Japon n’ont pas encore mis en place de politique permettant de penser qu’ils auront une croissance stimulée par leur demande intérieure, a affirmé samedi à Toronto (Canada) le secrétaire américain au Trésor Timothy Geithner. « Je ne pense pas qu’on ait vu encore de la part de ces pays un ensemble de politique qui donnera à tout le monde confiance dans le fait que l’on verra une croissance plus forte tirée par la demande intérieure dans ces pays à l’avenir », a déclaré M. Geithner lors d’une conférence de presse. (…) Au contraire, « la croissance en Chine est beaucoup plus tirée par la consommation et la demande intérieure qu’elle ne l’a été par le passé a-t-il expliqué. »
- L’INSEE dans les pas de la Commission Stiglitz ?
Alternatives économiques, 25 juin 2010. « L’Institut national de la statistique et des études économiques vient de publier un dossier « Les préconisations du rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi : quelques illustrations » rédigé par Marie Clerc, Mathilde Gaini et Didier Blanchet. » Le dossier est une bonne traduction des thèmes abordés par la Commission Stiglitz qui avait rendu son rapport en septembre 2009. Mais, il relève assez largement des commentaires qui en avaient été faits à l’époque. »
- L’Insee voit la reprise continuer à petite vitesse
Reuters, 26 juin 2010. « La reprise devrait continuer à petite vitesse en France d’ici à la fin de l’année, avec une croissance qui rebondira au deuxième trimestre mais restera modérée ensuite, prévoit l’Insee. (…) L’Insee souligne que ses prévisions sont entourées d’incertitudes. Une résurgence des tensions financières et/ou l’impact des mesures de réduction du déficit public risqueraient de peser sur la croissance, alors qu’à l’inverse la dépréciation de l’euro, si elle se poursuit, pourrait permettre aux pays de la zone euro de mieux profiter du dynamisme du commerce mondial. »
- Europe : de moins en moins de croissance
L’Expansion, 25 juin 2010. « L’activité subit le contrecoup des plans de relance, notamment dans l’automobile, mais aussi le freinage des échanges après le fort rebond de ces derniers mois. Le problème ? Le ralentissement de l’activité va se poursuivre au deuxième semestre en raison des difficultés persistantes sur le marché du travail et de la multiplication des plans de rigueur. Les experts de BNP Paribas estiment que les mesures fiscales devraient couter 0,2% du PIB en 2010 et 1,2% en 2011. Certains économistes anticipent même déjà une décennie perdue pour l’Europe. »
- Pour ou contre l’austérité
Reuters, 25 juin 2010. « Les Européens et les Américains vont avoir du mal à s’entendre au G20 de Toronto. Les premiers insistent sur l’urgence de mettre en place des plans de rigueur afin de rassurer les marchés, tandis que les Américains estiment que s’attaquer dès aujourd’hui à la dette publique ne fera que replonger l’Europe dans la récession. Explications. »
- Pouvoir d’achat : l’étau se resserre
Alternatives économiques, Guillaume Duval, 24 juin 2010. « Le pouvoir d’achat fait du Yo-Yo. En 2008, le pétrole et les produits alimentaires avaient flambé, amenant l’inflation au-dessus de 3 % l’an. Comme les hausses de salaires se situaient à 2,5 % en moyenne, les Français avaient perdu du pouvoir d’achat. Ce qui avait entraîné un premier recul du PIB avant même la crise financière de l’automne 2008. (…) La hausse des prix accélère de nouveau, dopée par la chute de l’euro (et le renchérissement correspondant des importations) et la montée des prix des matières premières liée à la reprise. Tandis que les hausses de salaires continuent de décélérer. Les courbes sont en train de se rejoindre, laissant présager de nouvelles pertes de pouvoir d’achat au cours des prochains mois. Pas vraiment le moment idéal pour engager une politique d’austérité… »
- Harper est inquiet de l’économie canadienne
Canoe, 23 juin 2010. « Le premier ministre Stephen Harper craint que la création d’emploi «presque nulle» et le ralentissement économique qui affectent les principaux partenaires du Canada n’entravent la reprise au pays. (…) «Comme conservateur, je crois dans l’économie de marché, mais l’histoire nous apprend que les marchés, même les marchés libres, ont besoin d’une certaine forme de gouvernance pour éviter l’instabilité. Aussi maintenant, il s’est développé une certaine gouvernance internationale grâce au G20. Et c’est un développement très important.»
- La rigueur à contretemps, par Martin Wolf
Le Monde, avec le Financial Times, 22 juin 2010. « A nouveau retentit la clameur de l’ancienne religion économique : repentez-vous avant qu’il ne soit trop tard ! La mort est le salaire du péché budgétaire ! Mais doit-on d’ores et déjà compresser les dépenses ? J’en doute. Certes, une compression tardive comporte un risque d’inflation, et même de défaut ; mais une compression prématurée pourrait entraîner une période de récession, voire de déflation. (…) Il serait cependant particulièrement dommageable, aujourd’hui, que l’austérité budgétaire s’empare de l’économie européenne et contraigne les Etats-Unis à adopter des mesures protectionnistes. (…) l’ensemble de la zone euro en une vaste Allemagne serait – et devra être – considérée comme un acte de guerre mercantiliste contre les Etats-Unis. (…)
Bien sûr, je conçois que des déficits budgétaires gigantesques rendent les gens nerveux. Je comprends aussi le désir de retrouver une solvabilité crédible. Mais suivre aveuglément les règles budgétaires tout en ignorant ce qui se passe dans le secteur privé ou sur le plan des balances extérieures ne peut déboucher que sur la déception et le conflit politique. Toute stabilisation budgétaire qui soutient la croissance est la bienvenue. Une stabilisation budgétaire prématurée qui saperait cette croissance serait une nouvelle folie. »
- Le FMI s’inquiète de la fragilité de la reprise en France
L’Expansion, 17 juin 2010. » La reprise est fragile et se trouve à présent confrontée à l’affaiblissement de la demande domestique et européenne », résume la mission d’évaluation du FMI effectuée en France dans ses conclusions. « La croissance devrait être atone en 2010 et n’enregistrer qu’une légère reprise au cours de l’année 2011. Le taux de chômage élevé, le retrait progressif des mesures de relance et l’effort de consolidation des finances publiques, imminent en France comme chez ses partenaires commerciaux, vont peser sur la demande », traditionnel moteur de la croissance française, ajoute le rapport. (…) Le FMI estime ainsi que des mesures supplémentaires devraient être prêtes « en cas de reprise plus lente que prévu. »
- Amartya Sen, Prix Nobel d’économie : «L’Asie doit sa croissance à l’Etat»
Le Temps, 5 juin 2010. « La dérégulation et l’abandon du rôle de l’Etat ont graduellement rendu l’économie américaine très vulnérable à la manipulation à un moment où la technologie financière, plus particulièrement les produits dérivés complexes et opaques, était en plein développement. Après les Etats-Unis, la crise financière s’est propagée en Europe avant d’affecter l’ensemble de l’économie mondiale. (…)
Je crains que beaucoup de pays en Europe ne soient engagés dans des programmes d’économies et ne soient en train de sacrifier leur croissance sur l’autel du déficit. (…)
L’idée n’est pas de décourager la prise de risque ou l’innovation. Le but premier est de rétablir la confiance. La régulation ne doit pas non plus constituer un frein à la croissance.
Le rôle de la Chine, une nouvelle puissance, est reconnu depuis plus d’une décennie. L’Inde, le Brésil, mais aussi l’Afrique du Sud peuvent aider à remettre le monde sur une piste différente. (…)
Ce ne serait pas exagéré de dire que la prospérité asiatique doit plus à l’Etat qu’au capitalisme. L’Etat joue un grand rôle en Asie, au Japon, à Singapour, en Corée du Sud et à Hongkong qui sont considérés comme des modèle d’économie de marché. Le secteur public assume l’essentiel de l’éducation et de la formation, la sécurité, le social ainsi que la régulation. (…)
Je suis très favorable à la mondialisation. Je ne crois pas que chaque communauté ou chaque pays puisse vivre comme une île. Nous vivons dans un village global. Il y a plus de 250 ans, David Hume, le grand philosophe écossais, disait que les échanges, le partage et la justice entre différentes régions du monde étaient liés. Ce qui était valable en 1760 est cruellement vrai aujourd’hui. (…)
L’incapacité de faire les liens verticaux a créé des incompréhensions dramatiques. Dans ses analyses économiques, Adam Smith a intégré beaucoup de considérations philosophiques. Les deux disciplines traitent de mêmes sujets: l’humain et la société. »
-Jacques Attali : » désintoxiquer les banques »
Slate, 6 juin 2010. « Les banques ont financé elles-même leur sauvetage en prêtant aux Etats qui se portaient à leur secours. Un système pernicieux et dangereux. (…) On n’échappe donc pas à la nécessité de désintoxiquer les banques, c’est-à-dire de régler leur problème de solvabilité et pas seulement de liquidité. Et de les financer par autre chose que de l’emprunt, c’est-à-dire par des actionnaires. Et si nul actionnaire privé ne se révèle capable de financer l’amélioration nécessaire des fonds propres des banques, les contribuables devront devenir les actionnaires. »
- La Chine rappelle l’importance de ne pas abandonner le soutien à l’économie au profit du contrôle financier
Obscom, AFP, 1er juin 2010. Avec les incertitudes du moment, il est d’autant plus important pour la Chine et les autres pays de ne pas supprimer les mesures de relance mises en place pour contrer la crise financière, a déclaré Wen Jiabao, le premier ministre chinois en visite au Japon. « Dans les circonstances actuelles, tous les pays doivent coordonner et renforcer le soutien politique à l’économie. Il ne peut y avoir le moindre relâchement. »
- Les raisons de l’inégalité face à la dette, par Patrick Artus
Challenges, 27 mai 2010. « C’est le rythme de la croissance à long terme et le mode de financement de la dette qui déterminent le seuil critique de l’endettement public. Pour le malheur de l’Espagne. (…) Chaque pays a donc sa propre équation : et un fort endettement est évidemment d’autant plus supportable que les perspectives de croissance à long terme sont élevées. Les pays dynamique ont donc réellement des marges de manoeuvre. (…) Le second facteur à prendre en compte tient au mode de financement de la dette. Bien entendu, les Etats-Unis disposent de leur statut émetteur d’une quasi-monnaie de réserve. (…) Autre cas particulier : le Japon. Le champion mondial de l’endettement public est aussi le pays qui se refinance le plus sur son marché intérieur, à hauteur de 90 %. (…) La France est dans une situation moyenne : 60 % de sa dette est financée à l’étranger, mais le régulateur est attentif, par exemple, à ce que les assureurs se fassent un devoir de continuer à acheter de la dette souveraine. Et ses perspectives de croissance potentielle font que même un gonflement de son endettement a des effets limités sur le niveau du déficit budgétaire maximal acceptable. Du coup, elle bénéficie de la part des agences de notation d’un traitement digne d’un pays du nord de l’Europe, alors que sa tenue des comptes publics devrait l’assimiler davantage à ceux du sud. »
- Le chômage repart à la hausse en avril
L’Expansion, 28 avril 2010. L’augmentation a touché toutes les catégories de demandeurs d’emplois, quel que soit leur âge ou leur sexe.
- Collectivités locales : l’équation insoluble de la dette
Le Monde, 27 mai 2010. « La bombe des crédits toxiques aurait-elle donc été désamorcée ? Selon les experts du secteur public local, sur le terrain, rien ne serait véritablement réglé. Les banques ont pris des engagements pour l’avenir, mais les risques sur les anciens crédits perdurent. Très peu ont pu être renégociés et transformés en crédits classiques à taux fixe, au coût connu à l’avance. (…) La ville de Saint-Etienne (Loire) refuse, elle, de payer les 3,7 millions d’euros de supplément d’intérêts d’un prêt de la Deutsche Bank, dont le taux a bondi de 4 % à 24 %. Elle l’a assignée en justice en mars. Le conseil général de Seine-Saint-Denis a, de son côté, accumulé une dette de 900 millions d’euros, dont 95 % en produits structurés. Dexia lui réclame 20 % du capital emprunté, pour basculer son prêt en taux fixe. (…) Alors qu’explose le chômage, les départements peinent à financer la demande d’aide sociale, avec des recettes sous contraintes. Les experts annoncent des années difficiles. Ils s’interrogent sur la capacité des collectivités à maintenir leur politique d’investissement, sur fond de gel des dotations d’Etat et de réforme de la taxe professionnelle. »
- « Sous la pression des marchés, les pays européens ne doivent pas faire du zèle dans l’austérité »
La Tribune, 24 mai 2010. Au moment où Pékin et Washington s’inquiètent des risques de contagion de la crise de la dette européenne, Olivier Blanchard, économiste en chef au FMI livre à la Tribune son analyse sur la pertinence des remèdes adoptés. « Le risque est que, sous la pression des marchés, certains pays fassent du zèle dans l’austérité. Ce serait une erreur. Les marchés se sont longtemps endormis sur le risque budgétaire. Aujourd’hui ils se réveillent et s’affolent. On voit des investisseurs américains qui réduisent leur position sur l’Europe quel que soit le pays. Il ne s’agit pas de spéculation, mais de comportement d’extrême prudence. Mais ce type de comportement peut amener l’effondrement des prix des obligations, et une situation de panique. C’est pour parer à ce risque que la BCE a mis en place un programme de rachat d’obligations d’Etat. »
- Le Cercle des économistes : Obama : un plan de réforme bancaire correct mais (très) insuffisant
Blog du Cercle des économistes, 23 mai 2010. « On ne voit pas pourquoi les banques de dépôts, qui reçoivent des prêts forcés de la part de tous ceux qui doivent utiliser la banque pour conserver leur épargne liquide et effectuer certaines formes de paiements, pourraient utiliser cet argent pour effectuer des spéculations pour compte propre qui, quand les banques gagnent, alimentent les bonus des hauts dirigeants et ,quand elles perdent, imposent un refinancement par le contribuable. (…) Alors bravo ! Pourquoi ne fait-on pas de même en Europe et en particulier en France ? (…) Que manque-t-il ? D’abord une vision des causes de la crise et une idée majeure de ce que serait le cadre de fonctionnement financier et monétaire de la mondialisation. (…) Il n’y a aucune mesure proprement monétaire, notamment dans le domaine de l’organisation monétaire internationale. C’est une erreur colossale d’analyse et la condition de l’impuissance. (…) Quant à M. Barnier, c’est à dire l’Europe, on attend toujours. La question du passeport européen pour les hedge funds, cela reste tout de même de l’anecdotique. »
Joseph Stiglitz : « L’austérité mène au désastre »
Le Monde, 23 mai 2010. « Joseph Stiglitz, 67 ans, Prix Nobel d’économie en 2001, ex-conseiller économique du président Bill Clinton (1995-1997) et ex-chef économiste de la Banque mondiale (1997-2000). (…) « En adoptant la monnaie unique, les pays membres de la zone euro ont renoncé à deux instruments de politique économique : le taux de change et les taux d’intérêt. Il fallait donc trouver autre chose qui leur permette de s’adapter à la conjoncture si nécessaire. D’autant que Bruxelles n’a pas été assez loin en matière de régulation des marchés. (…) Et aujourd’hui, elle veut un plan coordonné d’austérité. Si elle continue dans cette voie-là, elle court au désastre. Nous savons, depuis la Grande Dépression des années 1930, que ce n’est pas ce qu’il faut faire. (…) L’Europe a besoin de solidarité, d’empathie. Pas d’une austérité qui va faire bondir le chômage et amener la dépression. (…) C’est d’abord et avant tout le manque de solidarité qui menace la viabilité du projet européen. (La baisse de l’Euro) est la meilleure chose qui puisse arriver à l’Europe. C’est à la France, et plus encore à l’Allemagne qu’elle profitera le plus. Mais la Grèce et l’Espagne, pour qui le tourisme est une source de revenus importante, en seront également bénéficiaires. »
- Le temps qu’il fait par Paul Jorion
Vidéo du 28 mai 2010.
- Prendre le taux d’intérêt au sérieux ?
Blog de Paul Jorion, 27 mai 2010.
- Combustions lentes
Blog de Paul Jorion, billet de François Leclerc, 23 mai 2010. « En Europe, Les marchés vont être extrêmement sollicités par les collectivités (locales). Standard & Poor’s évalue leurs besoins financiers, pour cette année, à 1.300 milliards d’euros, ce qui confirme l’embouteillage annoncé sur le marché obligataire. (…) Alors que les Etats sont sommés de réduire leurs propres déficits, tout en s’étant défaussés sur les collectivités (…) les recettes fiscales locales, elles, sont à la baisse en raison de la situation économique. La crise économique est à l’oeuvre : une des régions européennes les plus florissantes, la Catalogne espagnole, va devoir lever cette année 9,4 milliards d’euros et va aller les chercher, pour la première fois, jusqu’au Japon. (…) On a appris qu’un tiers de la dette des collectivités locales italiennes était composée d’actifs toxiques .(…) Combien vaudront-ils lorsqu’ils arriveront à échéance, alors qu’ils n’ont pas encore été dépréciés ? »
Refonder la démocratie, par Edgar Morin
Le Monde, 23 mai 2010. « Rien n’a apparemment commencé. Mais dans tous lieux, pays et continents, y compris en France, il y a multiplicité d’initiatives de tous ordres, économiques, écologiques, sociales, politiques, pédagogiques, urbaines, rurales, qui trouvent des solutions à des problèmes vitaux et sont porteuses d’avenir. Elles sont éparses, séparées, compartimentées, s’ignorant les unes les autres… (…)
Il faudrait concevoir et proposer les modes d’une démocratie participative, notamment aux échelles locales (..) .Il serait également utile de multiplier les universités populaires qui offriraient aux citoyens initiation aux sciences politiques, sociologiques, économiques.
Il faudrait également adopter et adapter une sorte de conception néoconfucéenne, dans les carrières d’administration publique et les professions comportant une mission civique (enseignants, médecins), c’est-à-dire promouvoir un mode de recrutement tenant compte des valeurs morales du candidat, de ses aptitudes à la « bienveillance » (attention à autrui), à la compassion, de son dévouement au bien public, de son souci de justice et d’équité. (…)
La résistance à tout ce qui dégrade l’homme par l’homme, aux asservissements, aux mépris, aux humiliations, se nourrit de l’aspiration, non pas au meilleur des mondes, mais à un monde meilleur. Cette aspiration, qui n’a cessé de naître et renaître au cours de l’histoire humaine, renaîtra encore. »
- Commission Attali : un scénario noir pour la France de 2020 sans nouvelles mesures
Les Echos, 20 mai 2010. « Jacques Attali a listé une série de problèmes « spécifiques à la France », comme un « niveau d’éducation en régression », surtout « dans le primaire », des « perspectives en matière d’emploi [qui] ne sont pas non plus formidables » ou un qui pays qui n’avait « plus confiance en lui-même ». Tirant le bilan des 316 mesures proposées par sa commission en janvier 2008, il a estimé que 60 % d’entre elles avaient été mises en oeuvre, dont 23 % « totalement » et 37 % « partiellement ». (…) Jacques Attali a énoncé cinq sujets prioritaires : la restauration des finances publiques, l’innovation et l’économie du savoir, l’emploi, « l’équilibre entre les générations » (les retraites) ainsi que « la nécessité de renforcer l’euro et l’Europe ».
- Cannes : quand Cléveland attaque Wall Street
Challenges, 19 mai 2010. Le réalisateur Jean-Stéphane Bron explique la genèse de Cleveland vs. Wall Street, son documentaire sur la crise présenté à la Quinzaine des réalisateurs.
Voir la vidéo de l’interview
- Emmanuel Saez, lauréat du Prix 2010 du Meilleur jeune économiste français
Le Monde, 17 mai 2010. « Une union monétaire européenne sans union budgétaire et fiscale conséquente n’est pas tenable », affirme dans une interview au Monde Economie Emmanuel Saez, professeur à Berkeley (Californie), lauréat du prix 2010 du Meilleur jeune économiste français, attribué par le Cercle des économistes et le Monde Economie et organisé en partenariat avec le Sénat – où le prix est remis lundi 17 mai. (…)
A la question « l’Etat doit-il imposer les riches pour redistribuer les gains de la croissance équitablement ? », il répond par l’affirmative. Pour les Etats-Unis, constatant que « la part du revenu total de la population perçue par les 1% des revenus les plus élevés est passée de 9% en 1970 à 23,5% en 2007″ et que la moitié des gains de la croissance sur cette période est revenue aux 1% d’Américains les plus riches, il prône une élimination des niches fiscales et une hausse des taux supérieurs d’imposition. »
- Pourquoi il faut partager les revenus – Le seul antidote à l’appauvrissement collectif
par Patrick Artus et Marie-Paule Virard (La Découverte, mai 2010).
« Cette crise ne fut point une simple parenthèse, mais plutôt le point de départ d’une nouvelle phase de la globalisation ».
En France « la croissance française ne devrait pas dépasser 1% en 2010, 1,5% en 2011-2012 et le taux de chômage qui a renoué avec les deux chiffres (10% début 2010) va, selon toute vraisemblance, poursuivre son ascension, tandis que le taux de chômage des jeunes risque d’être supérieur à 25%.
D’où l’importance de mettre en place des politiques de soutien de l’activité à un horizon plus court (un à trois ans) afin d’éviter une catastrophe sociale. Et ce sera d’autant plus difficile que l’environnement international n’est guère porteur. (…)
Les pays émergents montent en gamme et substituent rapidement les productions domestiques aux importations depuis les pays de l’OCDE. À cette « déglobalisation » industrielle s’ajoute une « déglobalisation » financière encore plus sévère : la fin du financement des pays de l’OCDE par l’excès d’épargne des pays émergents et exportateurs de pétrole, porteuse de graves déséquilibres mondiaux. Et la part de la France « est six fois plus faible que celle de l’Allemagne sur les marchés chinois, russes ou d’Europe centrale ; et, de 1999 à 2009, elle a été divisée par deux dans les pays d’Europe centrale. (…)
Les pays de l’OCDE, de plus, affaiblissent eux-mêmes leurs économies en méprisant les bienfaits de la coopération et en essayant de se sauver au détriment des autres. »
Que faire ? « Il faut que la France soutienne sa demande intérieure. (…) D’abord, modifier le partage des revenus entre salaire et profits en faveur des premiers. (…) La baisse des salaires dans le revenu national est une très mauvaise idée, car les salaires sont consommés alors que les profits sont peu dépensés, surtout dans un environnement où les investissements des entreprises sont déprimés. (…) Il est aberrant d’avoir, comme en France, une taxation très élevée des revenus du travail (charges sociales…) et faible des revenus du capital. »
Que faire ? « Il faut que la France soutienne sa demande intérieure. (…) D’abord, modifier le partage des revenus entre salaire et profits en faveur des premiers. (…) La baisse des salaires dans le revenu national est une très mauvaise idée, car les salaires sont consommés alors que les profits sont peu dépensés, surtout dans un environnement où les investissements des entreprises sont déprimés. (…) Il est aberrant d’avoir, comme en France, une taxation très élevée des revenus du travail (charges sociales…) et faible des revenus du capital. »
Enfin, « rien ne sera possible sans la mise en oeuvre d’une véritable solidarité européenne. »
Patrick Artus est directeur de la recherche de Natixis, professeur à l’Ecole polytechnique et professeur à l’université de Paris 1- Panthéon-Sorbonne.
Marie-Paule Virard, journaliste, a été rédactrice en chef d‘Enjeux-Les Echos.
- Les banques et les assurances européennes ont joué contre la zone euro
Blog Libération. Jean Quatremer, 16 mai 2010. « Si l’on regarde la proportion de la dette souveraine (celle des États par opposition à la dette privée, celle des ménages) détenue par des « non-résidents » (c’est-à-dire des personnes physiques ou morales domiciliées hors du pays) on constate que ce sont les pays qui ont le plus diversifié leur dette sur les marchés internationaux qui sont les plus attaqués ou, à tout le moins, menacés. (…) En revanche, on peut noter que la dette britannique n’est possédée par des non-résidents qu’à hauteur de 28 %, la dette allemande, à moins de 50 %, la dette italienne à moins de 55 %, la dette américaine à 50 % et la dette japonaise à moins de 5 %… Et là, curieusement, pas de mouvements, ou si peu. Pourquoi ? Car la dette reste d’abord sous contrôle étatique. (…) Autant dire qu’il faut rapidement inverser la tendance afin que l’État emprunte d’abord en interne. Une méthode qui présente un autre avantage : elle permet une restructuration (rééchelonnement des remboursements ou annulation partielle) entre soi, sans vague. On pourrait aussi mettre en place, solution plus européenne, une « agence européenne de la dette » qui gérerait la plus grande partie des dettes nationales des pays de la zone euro et pourrait émettre des emprunts. »
- La crise perpétuelle
Blog de Paul Jorion, 16 mai 2010. Par François Leclerc. « Si au cours de cette pêche miraculeuse ,deux autres fils étaient saisis avec adresse, permettant d’attraper pour les démêler l’inséparable duo formé par la dette privée et publique, soudées dans une relation incestueuse, le gros lot serait en vue. »
- L’instinct de survie des peuples
Blog de Paul Jorion. Cliquer ici pour voir la video. 14 mai 2010. « Facteur aggravant : ces mêmes États ne manqueront pas de considérer que les sursauts des peuples, réaction saine de leur instinct de survie, sont excessifs et les condamneront, sans penser à leurs erreurs et à leur propre responsabilité dans l’aggravation de la crise. »
- Jacques Généreux : « L’esprit de Munich a envahi les têtes de ceux qui nous gouvernent ! »
Le Point, France Info, 14 mai 2010. « Économiste et professeur à Sciences-Po, Jacques Généreux était vendredi l’invité de Parlons net, l’émission de France Info en partenariat avec lepoint.fr et d’autres grands sites d’information. Pour celui qui a quitté le PS et rejoint le Parti de gauche, le plan européen pour sauver l’euro est une aberration. Les gouvernements auraient dû accompagner leur plan de sauvetage d’une série de mesures fortes pour s’attaquer aux spéculateurs. Quant aux plans de rigueur que mettent en place les gouvernements européens, ils ne sont destinés qu’à faire plaisir aux marchés. »
Regarder l’émission.
“Tous ruinés dans 10 ans ?” par Jacques Attali (Fayard, sortie le 19 mai 2010)
“Serons-nous tous ruinés dans dix ans ? Jamais, sauf en période de guerre mondiale, la dette publique des grands pays de l’Occident n a été aussi élevée. (…) Il est encore possible de régler ces problèmes, d’éviter la dépression, l’inflation et le moratoire, en repensant le rôle du Souverain et la part des dépenses publiques, en mettant en place d’autres règles comptables et une tout autre architecture financière et politique, que ce soit en France, en Europe ou au niveau mondial. »
L’essai de Jacques Attali, fait une entrée en fanfare à la tête du palmarès essais-documents, avec 9.000 exemplaires en une semaine (l’Express du 27 mai 2010).
- La mondialisation à l’épreuve des crises planétaires
Le Monde, 12 mai 2010, par Yves Mamou. « En moins de deux ans, trois événements mondiaux laissent aux citoyens que nous sommes la désagréable impression d’être enfermés dehors, en pyjama, avec les clés de l’appartement à l’intérieur. La crise financière de novembre 2008, la gestion de la pandémie H1N1 et la perturbation due au volcan Eyjafjöll en Islande amènent chacun à s’interroger sur la présence d’un pilote dans la mondialisation. (…)
L’anthropologue et historien américain Joseph Tainter a publié, en 1988, un ouvrage érudit sur L’Effondrement des sociétés complexes (The Collapse of Complexe Societies) dans lequel il montre que les Empires romain ou maya n’ont pas été détruits par un ennemi trop fort pour eux, mais en raison de leur trop grande sophistication. (…) L’ajout incessant de degrés de complexité rend la bureaucratie de plus en plus prédatrice et de moins en moins utile au reste du corps social. (…)
La question n’est pas de savoir si la fuite continue des emplois vers les pays à croissance forte, l’appauvrissement des classes moyennes dans les pays développés et l’accroissement des inégalités – entre 2002 et 2006, 1 % des Américains les plus riches ont capté presque les trois quarts des revenus de la croissance dans les pays développés – finiront par entrer en conflit ouvert avec la mondialisation. La question est plutôt de savoir quand le clash aura lieu. »
A RELIRE
- L’économie des Toambapicks, par Laurent Cordonnier
(Raisons d’agir, mars 2010)
L’auteur raconte la mésaventure de Jimmy Happystone, jeune professeur assistant au MIT, envoyé en mission chez les Toambapiks. Il se fait apprenti-sorcier et contribue à transformer une paisible économie agraire en société capitaliste avancée. Rapidement, les propriétaires partis à la retraite « se transforment en rentiers despotiques » et n’investissent plus, consommant tout ce qu’ils gagnent en produits de luxe. « Les salariés ont dû apprendre à se passer du progrès technique incorporé dans l’accumulation du capital » et se voient proposer des sommes d’argent importantes pour continuer à dépenser en dépit de la stagnation des revenus. « Or, le chômage continue de monter un peu partout. (…) « La part des dividendes qui excédait les économies réalisées sur les dépenses d’investissement fut financée, comme il est normal, par le crédit. »
Après Pas de pitié pour les Gueux, « sorte d’anti-manuel d’économie du travail », Laurent Cordonnier, dans cette fable politique, propose un anti-manuel de macro-économie.
La liquidité incontrôlable – Qui va maîtriser la monnaie mondiale?
Par Patrick Artus et Marie-Paule Virard (Pearson, 2010). Un livre qui vaut bien un effort pour mieux comprendre le rôle des banques centrales dans la crise.
« Disons-le tout net : sans contrôle de la liquidité mondiale,
une dette extérieure qu’ils financent à des taux d’intérêt défiant toute concurrence grâce au rôle du dollar comme monnaie de réserve internationale.
Pendant ce temps les pays émergents, exportateurs, dont la Chine, stockent des réserves de changes en dollar pour limiter l’appréciation de leurs taux de change.
« Il ne sert à rien de vouloir réglementer les activités financières si les banques centrales sont incapables de contrôler » la liquidité mondiale, conclut Patrick Artus.
Résoudre ces déséquilibres supposerait que l’esprit de coopération (à commencer chez le couple leader de la première moitié du siècle, les Etat-Unis et la Chine) prenne le pas sur les intérêts nationaux. « C’est à ce prix que les stratégie de sortie des banques centrales éviteront une nouvelle secousse. »
ACTUALITES
- « Eviter la communication à effet boomerang »
Challenges, 30 juillet 2010. « Président de l’Observatoire international des crises, Didier Heiderich analyse la communication de la société pétrolière depuis le début de la marée noire. BP est empêtré depuis avril dans une crise sans précédent avec la marée noire dans le golfe du Mexique. Le groupe pétrolier espère s’en sortir avec la nomination d’un nouveau directeur général. Comment analysez-vous cette crise ? BP peut-il s’en sortir sans trop de séquelles ?«
- L’Asie, nouvelle terre promise pour l’économie d’Israël
AFP, 14 mai 2010. « Les entreprises israéliennes, confrontées à la crise sur le Vieux continent, misent de plus en plus sur la Chine, l’Inde, la Corée du sud et le Japon comme marchés alternatifs pour leurs exportations de haute technologie. « La faiblesse économique de l’Europe nous contraint à regarder vers l’Est et la Chine en particulier », a diagnostiqué le ministre des Finances Youval Steinitz. (…) En l’espace de 20 ans, la part de l’Asie dans le commerce extérieur d’Israël (non compris les échanges militaires) est passée de 11% à 20%, tandis que celle de l’Europe chutait de 46% à 29%. Durant la même période, le volume des exportations vers l’Asie a grimpé de 764%. »
- Huit grandes banques dans le collimateur de la justice américaine
AFP, Le Monde, 13 mai 2010. « Le procureur général de New York, Andrew Cuomo, a entamé une enquête portant sur huit banques pour déterminer si elles avaient fourni des informations trompeuses aux agences chargées de noter leurs titres hypothécaires, rapporte jeudi 13 mai le New York Times. Sont concernées : Goldman Sachs, Morgan Stanley, Citigroup, Credit Suisse, Deutsche Bank, Crédit agricole, et Merrill Lynch, aujourd’hui détenue par Bank of America. L’enquête suggère que les agences de notation, Standard & Poor’s, Fitch Ratings et Moody’s Investor Service, ont pu être dupées par une ou plusieurs banque(s). Selon le quotidien américain, Andrew Cuomo s’est également intéressé aux employés des agences de notation embauchés par les divisions hypothécaires des banques afin de les aider à créer des opérations hypothécaires mieux notées qu’elles ne le méritaient. L’affaire avait été évoquée dans les colonnes du New York Times, le 23 avril. »












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