Café-croissants du vendredi : dans la presse et chez les libraires. Essais et débats, économie, social, communication

DÉBATS. L’ACTUALITE ET LA CRISE
- Les raisons de l’inégalité face à la dette, par Patrick Artus
Challenges, 27 mai 2010. « C’est le rythme de la croissance à long terme et le mode de financement de la dette qui déterminent le seuil critique de l’endettement public. Pour le malheur de l’Espagne. (…) Chaque pays a donc sa propre équation : et un fort endettement est évidemment d’autant plus supportable que les perspectives de croissance à long terme sont élevées. Les pays dynamique ont donc réellement des marges de manoeuvre. (…) Le second facteur à prendre en compte tient au mode de financement de la dette. Bien entendu, les Etats-Unis disposent de leur statut émetteur d’une quasi-monnaie de réserve. (…) Autre cas particulier : le Japon. Le champion mondial de l’endettement public est aussi le pays qui se refinance le plus sur son marché intérieur, à hauteur de 90 %. (…) La France est dans une situation moyenne : 60 % de sa dette est financée à l’étranger, mais le régulateur est attentif, par exemple, à ce que les assureurs se fassent un devoir de continuer à acheter de la dette souveraine. Et ses perspectives de croissance potentielle font que même un gonflement de son endettement a des effets limités sur le niveau du déficit budgétaire maximal acceptable. Du coup, elle bénéficie de la part des agences de notation d’un traitement digne d’un pays du nord de l’Europe, alors que sa tenue des comptes publics devrait l’assimiler davantage à ceux du sud. »
- Collectivités locales : l’équation insoluble de la dette
Le Monde, 27 mai 2010. « La bombe des crédits toxiques aurait-elle donc été désamorcée ? Selon les experts du secteur public local, sur le terrain, rien ne serait véritablement réglé. Les banques ont pris des engagements pour l’avenir, mais les risques sur les anciens crédits perdurent. Très peu ont pu être renégociés et transformés en crédits classiques à taux fixe, au coût connu à l’avance. (…) La ville de Saint-Etienne (Loire) refuse, elle, de payer les 3,7 millions d’euros de supplément d’intérêts d’un prêt de la Deutsche Bank, dont le taux a bondi de 4 % à 24 %. Elle l’a assignée en justice en mars. Le conseil général de Seine-Saint-Denis a, de son côté, accumulé une dette de 900 millions d’euros, dont 95 % en produits structurés. Dexia lui réclame 20 % du capital emprunté, pour basculer son prêt en taux fixe. (…) Alors qu’explose le chômage, les départements peinent à financer la demande d’aide sociale, avec des recettes sous contraintes. Les experts annoncent des années difficiles. Ils s’interrogent sur la capacité des collectivités à maintenir leur politique d’investissement, sur fond de gel des dotations d’Etat et de réforme de la taxe professionnelle. »
- « Sous la pression des marchés, les pays européens ne doivent pas faire du zèle dans l’austérité »
La Tribune, 24 mai 2010. Au moment où Pékin et Washington s’inquiètent des risques de contagion de la crise de la dette européenne, Olivier Blanchard, économiste en chef au FMI livre à la Tribune son analyse sur la pertinence des remèdes adoptés. « Le risque est que, sous la pression des marchés, certains pays fassent du zèle dans l’austérité. Ce serait une erreur. Les marchés se sont longtemps endormis sur le risque budgétaire. Aujourd’hui ils se réveillent et s’affolent. On voit des investisseurs américains qui réduisent leur position sur l’Europe quel que soit le pays. Il ne s’agit pas de spéculation, mais de comportement d’extrême prudence. Mais ce type de comportement peut amener l’effondrement des prix des obligations, et une situation de panique. C’est pour parer à ce risque que la BCE a mis en place un programme de rachat d’obligations d’Etat. »
- Le Cercle des économistes : Obama : un plan de réforme bancaire correct mais (très) insuffisant
Blog du Cercle des économistes, 23 mai 2010. « On ne voit pas pourquoi les banques de dépôts, qui reçoivent des prêts forcés de la part de tous ceux qui doivent utiliser la banque pour conserver leur épargne liquide et effectuer certaines formes de paiements, pourraient utiliser cet argent pour effectuer des spéculations pour compte propre qui, quand les banques gagnent, alimentent les bonus des hauts dirigeants et ,quand elles perdent, imposent un refinancement par le contribuable. (…) Alors bravo ! Pourquoi ne fait-on pas de même en Europe et en particulier en France ? (…) Que manque-t-il ? D’abord une vision des causes de la crise et une idée majeure de ce que serait le cadre de fonctionnement financier et monétaire de la mondialisation. (…) Il n’y a aucune mesure proprement monétaire, notamment dans le domaine de l’organisation monétaire internationale. C’est une erreur colossale d’analyse et la condition de l’impuissance. (…) Quant à M. Barnier, c’est à dire l’Europe, on attend toujours. La question du passeport européen pour les hedge funds, cela reste tout de même de l’anecdotique. »
- Joseph Stiglitz : « L’austérité mène au désastre »
Le Monde, 23 mai 2010. « Joseph Stiglitz, 67 ans, Prix Nobel d’économie en 2001, ex-conseiller économique du président Bill Clinton (1995-1997) et ex-chef économiste de la Banque mondiale (1997-2000). (…) « En adoptant la monnaie unique, les pays membres de la zone euro ont renoncé à deux instruments de politique économique : le taux de change et les taux d’intérêt. Il fallait donc trouver autre chose qui leur permette de s’adapter à la conjoncture si nécessaire. D’autant que Bruxelles n’a pas été assez loin en matière de régulation des marchés. (…) Et aujourd’hui, elle veut un plan coordonné d’austérité. Si elle continue dans cette voie-là, elle court au désastre. Nous savons, depuis la Grande Dépression des années 1930, que ce n’est pas ce qu’il faut faire. (…) L’Europe a besoin de solidarité, d’empathie. Pas d’une austérité qui va faire bondir le chômage et amener la dépression. (…) C’est d’abord et avant tout le manque de solidarité qui menace la viabilité du projet européen. (La baisse de l’Euro) est la meilleure chose qui puisse arriver à l’Europe. C’est à la France, et plus encore à l’Allemagne qu’elle profitera le plus. Mais la Grèce et l’Espagne, pour qui le tourisme est une source de revenus importante, en seront également bénéficiaires. »
- Prendre le taux d’intérêt au sérieux ?
Blog de Paul Jorion, 27 mai 2010.
Blog de Paul Jorion, billet de François Leclerc, 23 mai 2010. « En Europe, Les marchés vont être extrêmement sollicités par les collectivités (locales). Standard & Poor’s évalue leurs besoins financiers, pour cette année, à 1.300 milliards d’euros, ce qui confirme l’embouteillage annoncé sur le marché obligataire. (…) Alors que les Etats sont sommés de réduire leurs propres déficits, tout en s’étant défaussés sur les collectivités (…) les recettes fiscales locales, elles, sont à la baisse en raison de la situation économique. La crise économique est à l’oeuvre : une des régions européennes les plus florissantes, la Catalogne espagnole, va devoir lever cette année 9,4 milliards d’euros et va aller les chercher, pour la première fois, jusqu’au Japon. (…) On a appris qu’un tiers de la dette des collectivités locales italiennes était composée d’actifs toxiques .(…) Combien vaudront-ils lorsqu’ils arriveront à échéance, alors qu’ils n’ont pas encore été dépréciés ? »
- Refonder la démocratie, par Edgar Morin
Le Monde, 23 mai 2010. « Rien n’a apparemment commencé. Mais dans tous lieux, pays et continents, y compris en France, il y a multiplicité d’initiatives de tous ordres, économiques, écologiques, sociales, politiques, pédagogiques, urbaines, rurales, qui trouvent des solutions à des problèmes vitaux et sont porteuses d’avenir. Elles sont éparses, séparées, compartimentées, s’ignorant les unes les autres… (…)
Il faudrait concevoir et proposer les modes d’une démocratie participative, notamment aux échelles locales (..) .Il serait également utile de multiplier les universités populaires qui offriraient aux citoyens initiation aux sciences politiques, sociologiques, économiques.
Il faudrait également adopter et adapter une sorte de conception néoconfucéenne, dans les carrières d’administration publique et les professions comportant une mission civique (enseignants, médecins), c’est-à-dire promouvoir un mode de recrutement tenant compte des valeurs morales du candidat, de ses aptitudes à la « bienveillance » (attention à autrui), à la compassion, de son dévouement au bien public, de son souci de justice et d’équité. (…)
La résistance à tout ce qui dégrade l’homme par l’homme, aux asservissements, aux mépris, aux humiliations, se nourrit de l’aspiration, non pas au meilleur des mondes, mais à un monde meilleur. Cette aspiration, qui n’a cessé de naître et renaître au cours de l’histoire humaine, renaîtra encore. »
- Commission Attali : un scénario noir pour la France de 2020 sans nouvelles mesures
Les Echos, 20 mai 2010. « Jacques Attali a listé une série de problèmes « spécifiques à la France », comme un « niveau d’éducation en régression », surtout « dans le primaire », des « perspectives en matière d’emploi [qui] ne sont pas non plus formidables » ou un qui pays qui n’avait « plus confiance en lui-même ». Tirant le bilan des 316 mesures proposées par sa commission en janvier 2008, il a estimé que 60 % d’entre elles avaient été mises en oeuvre, dont 23 % « totalement » et 37 % « partiellement ». (…) Jacques Attali a énoncé cinq sujets prioritaires : la restauration des finances publiques, l’innovation et l’économie du savoir, l’emploi, « l’équilibre entre les générations » (les retraites) ainsi que « la nécessité de renforcer l’euro et l’Europe ».
- Cannes : quand Cléveland attaque Wall Street
Challenges, 19 mai 2010. Le réalisateur Jean-Stéphane Bron explique la genèse de Cleveland vs. Wall Street, son documentaire sur la crise présenté à la Quinzaine des réalisateurs.
- Emmanuel Saez, lauréat du Prix 2010 du Meilleur jeune économiste français
Le Monde, 17 mai 2010. « Une union monétaire européenne sans union budgétaire et fiscale conséquente n’est pas tenable », affirme dans une interview au Monde Economie Emmanuel Saez, professeur à Berkeley (Californie), lauréat du prix 2010 du Meilleur jeune économiste français, attribué par le Cercle des économistes et le Monde Economie et organisé en partenariat avec le Sénat – où le prix est remis lundi 17 mai. (…)
A la question « l’Etat doit-il imposer les riches pour redistribuer les gains de la croissance équitablement ? », il répond par l’affirmative. Pour les Etats-Unis, constatant que « la part du revenu total de la population perçue par les 1% des revenus les plus élevés est passée de 9% en 1970 à 23,5% en 2007″ et que la moitié des gains de la croissance sur cette période est revenue aux 1% d’Américains les plus riches, il prône une élimination des niches fiscales et une hausse des taux supérieurs d’imposition. »
- Pourquoi il faut partager les revenus – Le seul antidote à l’appauvrissement collectif
par Patrick Artus et Marie-Paule Virard (La Découverte, mai 2010).
« Cette crise ne fut point une simple parenthèse, mais plutôt le point de départ d’une nouvelle phase de la globalisation ».
En France « la croissance française ne devrait pas dépasser 1% en 2010, 1,5% en 2011-2012 et le taux de chômage qui a renoué avec les deux chiffres (10% début 2010) va, selon toute vraisemblance, poursuivre son ascension, tandis que le taux de chômage des jeunes risque d’être supérieur à 25%.
D’où l’importance de mettre en place des politiques de soutien de l’activité à un horizon plus court (un à trois ans) afin d’éviter une catastrophe sociale. Et ce sera d’autant plus difficile que l’environnement international n’est guère porteur. (…)
Les pays émergents montent en gamme et substituent rapidement les productions domestiques aux importations depuis les pays de l’OCDE. À cette « déglobalisation » industrielle s’ajoute une « déglobalisation » financière encore plus sévère : la fin du financement des pays de l’OCDE par l’excès d’épargne des pays émergents et exportateurs de pétrole, porteuse de graves déséquilibres mondiaux. Et la part de la France « est six fois plus faible que celle de l’Allemagne sur les marchés chinois, russes ou d’Europe centrale ; et, de 1999 à 2009, elle a été divisée par deux dans les pays d’Europe centrale. (…)
Les pays de l’OCDE, de plus, affaiblissent eux-mêmes leurs économies en méprisant les bienfaits de la coopération et en essayant de se sauver au détriment des autres. »
Que faire ? « Il faut que la France soutienne sa demande intérieure. (…) D’abord, modifier le partage des revenus entre salaire et profits en faveur des premiers. (…) La baisse des salaires dans le revenu national est une très mauvaise idée, car les salaires sont consommés alors que les profits sont peu dépensés, surtout dans un environnement où les investissements des entreprises sont déprimés. (…) Il est aberrant d’avoir, comme en France, une taxation très élevée des revenus du travail (charges sociales…) et faible des revenus du capital. »
Enfin, « rien ne sera possible sans la mise en oeuvre d’une véritable solidarité européenne. »
Patrick Artus est directeur de la recherche de Natixis, professeur à l’Ecole polytechnique et professeur à l’université de Paris 1- Panthéon-Sorbonne.
Marie-Paule Virard, journaliste, a été rédactrice en chef d‘Enjeux-Les Echos.
- Les banques et les assurances européennes ont joué contre la zone euro
Blog Libération. Jean Quatremer, 16 mai 2010. « Si l’on regarde la proportion de la dette souveraine (celle des États par opposition à la dette privée, celle des ménages) détenue par des « non-résidents » (c’est-à-dire des personnes physiques ou morales domiciliées hors du pays) on constate que ce sont les pays qui ont le plus diversifié leur dette sur les marchés internationaux qui sont les plus attaqués ou, à tout le moins, menacés. (…) En revanche, on peut noter que la dette britannique n’est possédée par des non-résidents qu’à hauteur de 28 %, la dette allemande, à moins de 50 %, la dette italienne à moins de 55 %, la dette américaine à 50 % et la dette japonaise à moins de 5 %… Et là, curieusement, pas de mouvements, ou si peu. Pourquoi ? Car la dette reste d’abord sous contrôle étatique. (…) Autant dire qu’il faut rapidement inverser la tendance afin que l’État emprunte d’abord en interne. Une méthode qui présente un autre avantage : elle permet une restructuration (rééchelonnement des remboursements ou annulation partielle) entre soi, sans vague. On pourrait aussi mettre en place, solution plus européenne, une « agence européenne de la dette » qui gérerait la plus grande partie des dettes nationales des pays de la zone euro et pourrait émettre des emprunts. »
- La crise perpétuelle
Blog de Paul Jorion, 16 mai 2010. Par François Leclerc. « Si au cours de cette pêche miraculeuse ,deux autres fils étaient saisis avec adresse, permettant d’attraper pour les démêler l’inséparable duo formé par la dette privée et publique, soudées dans une relation incestueuse, le gros lot serait en vue. »
- L’instinct de survie des peuples
Blog de Paul Jorion. Cliquer ici pour voir la video. 14 mai 2010. « Facteur aggravant : ces mêmes États ne manqueront pas de considérer que les sursauts des peuples, réaction saine de leur instinct de survie, sont excessifs et les condamneront, sans penser à leurs erreurs et à leur propre responsabilité dans l’aggravation de la crise. »
- Jacques Généreux : « L’esprit de Munich a envahi les têtes de ceux qui nous gouvernent ! »
Le Point, France Info, 14 mai 2010. « Économiste et professeur à Sciences-Po, Jacques Généreux était vendredi l’invité de Parlons net, l’émission de France Info en partenariat avec lepoint.fr et d’autres grands sites d’information. Pour celui qui a quitté le PS et rejoint le Parti de gauche, le plan européen pour sauver l’euro est une aberration. Les gouvernements auraient dû accompagner leur plan de sauvetage d’une série de mesures fortes pour s’attaquer aux spéculateurs. Quant aux plans de rigueur que mettent en place les gouvernements européens, ils ne sont destinés qu’à faire plaisir aux marchés. »
“Tous ruinés dans 10 ans ?” par Jacques Attali (Fayard, sortie le 19 mai 2010)
“Serons-nous tous ruinés dans dix ans ? Jamais, sauf en période de guerre mondiale, la dette publique des grands pays de l’Occident n a été aussi élevée. (…) Il est encore possible de régler ces problèmes, d’éviter la dépression, l’inflation et le moratoire, en repensant le rôle du Souverain et la part des dépenses publiques, en mettant en place d’autres règles comptables et une tout autre architecture financière et politique, que ce soit en France, en Europe ou au niveau mondial. »
L’essai de Jacques Attali, fait une entrée en fanfare à la tête du palmarès essais-documents, avec 9.000 exemplaires en une semaine (l’Express du 27 mai 2010).
- La mondialisation à l’épreuve des crises planétaires
Le Monde, 12 mai 2010, par Yves Mamou. « En moins de deux ans, trois événements mondiaux laissent aux citoyens que nous sommes la désagréable impression d’être enfermés dehors, en pyjama, avec les clés de l’appartement à l’intérieur. La crise financière de novembre 2008, la gestion de la pandémie H1N1 et la perturbation due au volcan Eyjafjöll en Islande amènent chacun à s’interroger sur la présence d’un pilote dans la mondialisation. (…)
L’anthropologue et historien américain Joseph Tainter a publié, en 1988, un ouvrage érudit sur L’Effondrement des sociétés complexes (The Collapse of Complexe Societies) dans lequel il montre que les Empires romain ou maya n’ont pas été détruits par un ennemi trop fort pour eux, mais en raison de leur trop grande sophistication. (…) L’ajout incessant de degrés de complexité rend la bureaucratie de plus en plus prédatrice et de moins en moins utile au reste du corps social. (…)
La question n’est pas de savoir si la fuite continue des emplois vers les pays à croissance forte, l’appauvrissement des classes moyennes dans les pays développés et l’accroissement des inégalités – entre 2002 et 2006, 1 % des Américains les plus riches ont capté presque les trois quarts des revenus de la croissance dans les pays développés – finiront par entrer en conflit ouvert avec la mondialisation. La question est plutôt de savoir quand le clash aura lieu. »
A RELIRE
- L’économie des Toambapicks, par Laurent Cordonnier
(Raisons d’agir, mars 2010)
L’auteur raconte la mésaventure de Jimmy Happystone, jeune professeur assistant au MIT, envoyé en mission chez les Toambapiks. Il se fait apprenti-sorcier et contribue à transformer une paisible économie agraire en société capitaliste avancée. Rapidement, les propriétaires partis à la retraite « se transforment en rentiers despotiques » et n’investissent plus, consommant tout ce qu’ils gagnent en produits de luxe. « Les salariés ont dû apprendre à se passer du progrès technique incorporé dans l’accumulation du capital » et se voient proposer des sommes d’argent importantes pour continuer à dépenser en dépit de la stagnation des revenus. « Or, le chômage continue de monter un peu partout. (…) « La part des dividendes qui excédait les économies réalisées sur les dépenses d’investissement fut financée, comme il est normal, par le crédit. »
Après Pas de pitié pour les Gueux, « sorte d’anti-manuel d’économie du travail », Laurent Cordonnier, dans cette fable politique, propose un anti-manuel de macro-économie.
- La liquidité incontrôlable – Qui va maîtriser la monnaie mondiale?
Par Patrick Artus et Marie-Paule Virard (Pearson, 2010). Un livre qui vaut bien un effort pour mieux comprendre le rôle des banques centrales dans la crise.
« Disons-le tout net : sans contrôle de la liquidité mondiale, il ne sert absolument à rien de réguler les activités bancaires. Or la liquidité mondiale est devenue incontrôlable et il serait donc audacieux d’exonérer banquiers centraux (et gouvernements) de toute responsabilité. »
La liquidité mondiale continue d’augmenter du fait des politiques expansionnistes des grands pays de l’OCDE. En particulier des Etats-Unis – qui consomment pour leurs besoins intérieurs énormément de ressources produites et importées et s’autorisent un déficit extérieur et une dette extérieure qu’ils financent à des taux d’intérêt défiant toute concurrence grâce au rôle du dollar comme monnaie de réserve internationale.
Pendant ce temps les pays émergents, exportateurs, dont la Chine, stockent des réserves de changes en dollar pour limiter l’appréciation de leurs taux de change.
« Il ne sert à rien de vouloir réglementer les activités financières si les banques centrales sont incapables de contrôler » la liquidité mondiale, conclut Patrick Artus.
Résoudre ces déséquilibres supposerait que l’esprit de coopération (à commencer chez le couple leader de la première moitié du siècle, les Etat-Unis et la Chine) prenne le pas sur les intérêts nationaux. « C’est à ce prix que les stratégie de sortie des banques centrales éviteront une nouvelle secousse. »
ACTUALITES
- L’Asie, nouvelle terre promise pour l’économie d’Israël
AFP, 14 mai 2010. « Les entreprises israéliennes, confrontées à la crise sur le Vieux continent, misent de plus en plus sur la Chine, l’Inde, la Corée du sud et le Japon comme marchés alternatifs pour leurs exportations de haute technologie. « La faiblesse économique de l’Europe nous contraint à regarder vers l’Est et la Chine en particulier », a diagnostiqué le ministre des Finances Youval Steinitz. (…) En l’espace de 20 ans, la part de l’Asie dans le commerce extérieur d’Israël (non compris les échanges militaires) est passée de 11% à 20%, tandis que celle de l’Europe chutait de 46% à 29%. Durant la même période, le volume des exportations vers l’Asie a grimpé de 764%. »
- Huit grandes banques dans le collimateur de la justice américaine
AFP, Le Monde, 13 mai 2010. « Le procureur général de New York, Andrew Cuomo, a entamé une enquête portant sur huit banques pour déterminer si elles avaient fourni des informations trompeuses aux agences chargées de noter leurs titres hypothécaires, rapporte jeudi 13 mai le New York Times. Sont concernées : Goldman Sachs, Morgan Stanley, Citigroup, Credit Suisse, Deutsche Bank, Crédit agricole, et Merrill Lynch, aujourd’hui détenue par Bank of America. L’enquête suggère que les agences de notation, Standard & Poor’s, Fitch Ratings et Moody’s Investor Service, ont pu être dupées par une ou plusieurs banque(s). Selon le quotidien américain, Andrew Cuomo s’est également intéressé aux employés des agences de notation embauchés par les divisions hypothécaires des banques afin de les aider à créer des opérations hypothécaires mieux notées qu’elles ne le méritaient. L’affaire avait été évoquée dans les colonnes du New York Times, le 23 avril. »
EMPLOI
- Le salaire des Français progresse désormais moins que les prix
L’Expansion, 18 mai 2010. « L’indice du salaire mensuel de base (SMB) a progressé de 0,7% au premier trimestre 2010 (et de 1,8% sur un an), mais les prix ont augmenté plus sur le trimestre ramenant l’évolution du pouvoir d’achat sur un an à +0,3%, selon un chiffre provisoire du ministère de l’Emploi mardi. Les prix à la consommation (pour l’ensemble des ménages et hors tabac) ont augmenté au premier trimestre de 0,8% et de 1,5% entre mars 2009 et mars 2010, note le département statistique du ministère de l’Emploi et du Travail (Dares). (…) Le Smic ne sera pas augmenté avant le 1er janvier 2011 en vertu d’un nouveau calendrier. Au 1er janvier 2010, il a été revalorisé de 0,5% du Smic, correspondant au minimum légal. Une décision du gouvernement, qui refuse tout coup de pouce depuis l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, et dénoncée comme « insuffisante » par les syndicats partisans d’un soutien à la consommation. »
- Tour de France des destructions d’emploi
L’Expansion, 18 mai 2010. « Deux ans de crise économique, cela laisse des traces : plus de 600.000 emplois ont été détruits en France en 2008 et 2009. Toutes les régions et tous les secteurs ont été touchés, mais à des degrés divers, révèle une enquête de l’Insee. »
LES CLÉS DE LA CRISE (suite)
- « Un trader ne devrait jamais regarder la télé »
Le Monde, 9 mai 2010. « Un trader ne devrait pas regarder la télé », estime Gregori Volokhine, de la société de gestion Meeschaert à New York. Pour les investisseurs la révolte des Grecs est le signe que le plan de rigueur est intenable, avec à la clé un défaut du pays et celui d’autres membres de la zone euro. Aussi, bien que la reprise se confirme aux Etats-Unis, les déboires de l’Europe inquiètent. Car, explique M. Volokhine, « les Etats-Unis ne pourront être les seuls au monde à avoir une économie dynamique ». En outre, la remontée du dollar, face à l’euro, ne fait pas l’affaire des exportateurs américains. Comment cela va-t-il se terminer ? Pour l’heure, les investisseurs identifient assez nettement les problèmes mais, à court terme, personne ne voit « la » solution. »
- Le mystère de la remontée de la bourse de New-York : « l’ère du semblant »… Et « un vent de panique »…
Blog de Paul Jorion, 7 mai 2010 (vidéo). On arrive avec des chiffres … Qui ne sont plus de la même qualité … A refaire des calculs et à dégager encore des bonus… On nous dit : « Vous avez vécu au dessus-de vos moyens », alors que ce sont d’autres qui ont fait exploser le système. (…) Les choses vont très vite … La semaine qui s’annonce est encore une semaine de tous les dangers.
- Le plongeon de Wall Street, une aubaine pour Obama ?
LCI-TF1, 8 mai 2010. « Le « hoquet » de la Bourse de New York survient en plein débat au Sénat sur le projet de réforme de la finance voulu par Obama. Celui-ci a assuré qu’une enquête était en cours et a promis de protéger les investisseurs. »
Alternatives économiques, Denis Clerc, 7 mai 2010. « On n’a pas fini, décidément, d’aligner les paradoxes. Cette crise est née d’une finance débridée que seule une intervention publique massive est parvenue à sauver. Mais en quelques mois à peine, sous la pression des marchés, elle est devenue la crise des Etats endettés, alors même que l’essentiel de cet endettement résulte de la volonté d’endiguer la marée noire de la dépression engendrée par la crise. Les marchés mordent la main qui les a sauvés ! Le politique, qui a permis d’éviter le désastre, est désormais accusé de le causer, et les Etats qui, hier encore, lançaient les bouées de sauvetage, sont sommés par les anciens naufragés de remettre de l’ordre dans leurs comptes. (…) On croyait que la crise sonnait la fin du libéralisme. Elle est en train de l’accentuer. »
- L’économiste Elie Cohen regrette « le manque de lisibilité » de « la gouvernance de la zone euro »
Europe1, 7 mai 2010. « On est actuellement dans une guerre entre le temps des marchés et le temps politique et ce qu’on découvre c’est que le temps politique en Europe est d’une telle lenteur qu’il peut créer des effets économiques dévastateurs », analyse Elie Cohen, avant d’ajouter : « Le retard mis à l’allumage a couté très cher et risque de compromettre la situation ».
- La France est-elle entrée en rigueur ?
Challenges, 7 mai 2010. « Cinq syndicats (CGT, CFDT, FSU, Solidaires et Unsa) ont annoncé une journée « de grèves et de manifestations » le 27 mai qui portera, outre les retraites, sur l’emploi et les salaires, et l’exigence d’une « relance économique intégrant la satisfaction des besoins sociaux« . Selon le professeur d’économie de Sciences Po Philippe Martin, interrogé par l’AFP (…) « les mots ‘rigueur’, ‘austérité‘ plairaient aux marchés financiers et je ne serais pas étonné que devant banquiers et agences de notation, le pouvoir n’hésite pas à les employer. On envoie un message d’austérité aux marchés financiers, mais aux consommateurs et investisseurs, on dit: ‘dépensez‘. »
- L’euro passe sous 1,28 dollar. Joseph Stiglitz évoque la fin possible de l’euro
La Tribune, 6 mai 2010. « La monnaie européenne continue de chuter ce jeudi sous la barre de 1,28 dollar, grevée par des craintes de contagion de la crise grecque à d’autres pays de la zone euro. Le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz n’hésite pas à pronostiquer la fin possible de l’euro. »
- «L’Espagne est sous la menace d’une récession forte et prolongée». Interview
Libération, 6 mai 2010, par Jean-Paul Pollin, membre du Cercle des économistes et professeur des universités en sciences économiques à Orléans.
« Une récession forte et prolongée qui, évidemment, ne serait pas sans conséquence sur les autres pays de l’UE. Il faut voir que les craintes vis-à-vis de la zone euro sont légitimes. C’est une inquiétude. Certains d’entre nous, économistes indépendants et non courtisans, en faisions état il y a quinze ans. On disait que l’Europe n’est pas une zone monétaire optimale, en raison d’une trop grosse hétérogénéité entre ses membres, hétérogénéité qui ne pouvait pas être réglée par des transferts budgétaires, car il n’y a pas d’union politique, pas de budget européen significatif, il n’y a aucun mécanisme qui puisse régler cette hétérogénéité. »
- Edgar Morin : « L’une des tragédies de l’Europe, c’est que les nations sont égocentriques »
La Tribune, 2 mai 2010. « L’une des tragédies de l’Europe, c’est que les nations sont égocentriques. (…) Les partis néo-nationalistes sont à peu près au même stade que le parti hitlérien avant la crise de 1929 mais cela ne veut pas dire qu’ils ne pourraient pas représenter 30% dans des circonstances catastrophiques. Nous avons vécu dans l’illusion que le progrès était une loi de l’histoire. On se rend compte désormais que l’avenir est surtout incertain et dangereux. Cela crée une angoisse qui pousse les gens à se réfugier dans le passé et à se plonger dans les racines. C’est d’ailleurs un phénomène mondial, pas seulement européen parce que la crise du progrès a frappé toute la planète avec dans de nombreux pays l’idée que l’occidentalisation des mœurs allait leur faire perdre leur identité. Nous vivons une situation planétaire régressive. »
- Daniel Cohen : « C’est un moment fondateur pour l’Europe »
Le JDD, 2 mai 2010. « En la sauvant (la Grèce), nous sauvons l’euro et l’Europe. C’est le vrai enjeu de ce sauvetage et un moment fondateur. Et il est dommage que nous ayons perdu neuf mois pour nous y résoudre, notamment du fait des crispations allemandes. Au début de cette crise, nos voisins imaginaient de créer un fonds monétaire européen qui permette de réglementer de façon plus drastique les critères de Maastricht et de détacher en douceur les pays qui ne seraient pas dans les clous. Cette crise nous a appris que l’espace européen, et en particulier la zone euro, est solidaire et insécable. Il faut juste espérer que ce momentum politique ne sera pas perdu. »
- Elie Cohen Interviewé par Sophie Gherardi (La Tribune) sur la crise financière
La Tribune 24 avril 2010. « Certains pays, si l’on plaçait la finance sous contrôle, avaient plus à perdre que d’autres ». « Evidemment, on pense à la City, à Wall Street. Mais Elie Cohen souligne un paradoxe : « C’est au Royaume-Uni et aux Etats-Unis que le débat sur la crise financière a été le plus approfondi et le plus fécond. C’est de là que viendront les grandes lignes de la nouvelle régulation. Pas une idée neuve n’est venue d’Europe continentale ».
- «La finance est devenue un Etat dans l’Etat»
AFP, Libération 27 avril 2010. « Jean-Hervé Lorenzi, professeur d’économie à Paris-Dauphine, et Paul Jorion, anthropologue et sociologue, interrogent le rôle des économistes, en perte de légitimité depuis qu’ils ont échoué à prévoir la crise. (…)
P.J. : La finance est devenue un Etat dans l’Etat. La crise l’a mis en évidence. Elle fonctionne en autarcie. Les financiers sont juges et parties. Les économistes sont en dehors de ce cercle.
J-H.L. Le politique est confronté à une rupture de l’économie mondiale qui va bien au-delà de la prise de pouvoir de la finance. On pourrait presque dire que cette mondialisation est difficile à appréhender intellectuellement. Au fond, économistes et politiques se retrouvent confrontés à la même difficulté.
P.J. : Toute concentration de la richesse fait qu’il y a de l’argent en trop qu’on voudra investir, ce qui débouche sur une surproduction – Keynes l’avait bien vu. Il faut alors constamment trouver de nouveaux débouchés. La globalisation en est la conséquence. »
- L’actualité de la crise : Nous y sommes !
par François Leclerc, 28 avril 2010, blog de Paul Jorion
« Il va aussi falloir arrêter de parler économie et finance et intégrer dans le discours la crise sociale, déjà engagée et qui va s’approfondir, si l’annonce de coupes budgétaires et d’augmentations d’impôts ne peut plus être différée. Car les dernières nouvelles en provenance du système bancaire européen et de la distribution par ses soins du crédit, issues d’une enquête effectuée par la BCE, montrent que son resserrement se poursuit. La croissance économique de la zone euro n’est donc pas une option. »
- La Grèce otage de la dette européenne,
30 avril 2010, par Paul Jorion. « Le prochain test ne sera ni celui de la bourse, ni celui du marché obligataire, mais bien celui de la protestation sociale. (…) La seule démonstration que ce plan va faire, c’est qu’il n’a pas d’avenir. Ecartant toute idée de décote, il protège en priorité les intérêts des banques européennes qui détiennent la dette grecque (…) La crise européenne est en train de mettre en évidence la fragilité d’un système bancaire qui a financé – pour en tirer de larges profits – la dette des pays de la zone euro, et souvent même la dette de son propre pays. Le choix a donc été fait de protéger les banques. La prochaine étape sera à suivre du côté de la BCE. (…) Les banques européennes sont redevenues malades, à peine étaient-elles déclarées convalescentes. (…) La crise va s’installer sous sa forme chronique. Elle était financière et économique, elle est en train d’acquérir sa pleine dimension sociale. »
- L’AFP interroge des économistes sur l’avenir de la Grèce…
AFP, La Dépêche, 28 avril 2010. « Il y a sur les marchés un doute fondamental quant à la capacité de la Grèce à mettre en oeuvre un plan d’austérité soutenable (…) En outre, le plan international n’est pas une solution suffisante sur le long terme, estime Elie Cohen, qui juge inéluctable un rééchelonnement ou une restructuration de la dette grecque – une hypothèse catégoriquement rejetée par Athènes et plusieurs responsables européens. »
- Le fil rouge, d’Obama à Goldman Sachs et la Grèce
Radio Canada, 27 avril 2010. « Et, aujourd’hui, on semble commencer à comprendre, bien qu’on s’en doutait, que certaines firmes de Wall Street sont responsables du déclenchement de cette crise.
Entre Goldman Sachs et les problèmes de la Grèce et du Portugal, il y a le « fil rouge » de Paul Jorion qui se tend jusqu’à la réforme financière que souhaite faire adopter le président des États-Unis. (…) Alors, jusqu’où ira Barack Obama dans sa réforme? Jusqu’où l’affaire Goldman Sachs nous mènera-t-elle dans la compréhension de ce qui est arrivé et dans ce qu’il faut faire pour éviter qu’une telle crise se reproduise? Et jusqu’où laissera-t-on la Grèce glisser sans entacher la reprise économique mondiale? »
- Réforme de Wall Street : les Républicains ne bloquent plus le débat
La Tribune, 29 avril 2010. « Après la réforme de la santé défendue également par le président américain, celle qui est négociée actuellement vise à tirer les leçons de la crise financière. Elle devrait être la plus importante en la matière depuis la grande crise des années 1930. »
- La réforme du crédit à la consommation adoptée en première lecture à l’Assemblée
La Tribune, 27 avril 2010. « Les députés ont adopté ce mardi le projet de loi de réforme du crédit à la consommation qui vise à limiter les abus en protégeant mieux les consommateurs et en imposant de nouvelles obligations aux prêteurs. »
- La Chine devient le troisième actionnaire de la Banque mondiale
La Croix, 26 avril 2010. « La Chine devient le troisième pays en importance au sein de l’institution, derrière les États-Unis et le Japon. (…) Le véritable organe du pouvoir de la Banque mondiale reste en effet le conseil d’administration qui se réunit plusieurs fois par semaine à Washington. Or, ses 24 sièges n’ont pas été redistribués. États-Unis, Russie, Chine, France, chaque grande puissance dispose toujours de son administrateur à la table des négociations. À elle seule, l’Europe en compte neuf. À titre de comparaison, l’Afrique subsaharienne contrôle deux sièges, actuellement représentés par l’île Maurice et le Liberia. « Ce mode de fonctionnement écarte de fait les pays pauvres du processus de décision », estime Sébastien Fourmy, d’Oxfam France. Au risque de remettre en cause la légitimité de la Banque mondiale. »
- Suisse : vers la fin du secret bancaire ?
L’Economie politique, avril 2010. « Crispés sur leurs privilèges, les banquiers préfèrent suivre leur vieille stratégie: céder le moins possible et uniquement sous la contrainte. Et se retrouvent tout surpris que leur pays soit désigné comme un mouton noir. Ils devront s’y habituer: les pays du G20 savent que quand la Suisse craque, les autres paradis suivent. D’où l’importance de se focaliser sur ce pays. La bataille ne fait que commencer. »
SOCIETE
- La Société du malaise d’Alain Ehrenberg
Le Monde des livres, 26 avril 2010. « Le malaise dans la société singularise la France, il constitue une représentation collective que la société se donne d’elle-même. C’est la compétition qui divise la France, car elle équivaut pour nous à l’abandon de l’individu aux règles du marché. C’est pourquoi elle semble en contradiction avec nos principes de solidarité. » Il faudrait « Donner du corps à l’idée de solidarité qui actuellement tourne à vide. Par exemple dans une politique forte de la petite enfance. (…) Le système français est très reproductif des inégalités. Moi, je plaise plutôt pour un «yes, we can» à la française. »
Lire aussi notamment Libération du 30 avril 2010. « Maladies du lien. »
« Pour montrer le passage d’une sociologie individualiste à une sociologie de l’individualisme, qui tiendrait compte du changement de statut social de la souffrance psychique et des «pathologies de l’idéal» qui l’accompagnent, Ehrenberg utilise une méthode à la fois pluridisciplinaire (sociologie, psychopathologie, psychanalyse, morale, politique) et comparatiste, en suivant parallèlement la manière américaine («là-bas le concept de personnalité est une institution») et la manière française («l’appel à la personnalité apparaît comme une désinstitutionnalisation») de «nouer afflictions individuelles et relations sociales troubles». Il en résulte un véritable «tableau clinique» de la société et de l’individu contemporains, des pathologies sociales, qui «sont sociales en ce qu’elles unissent le mal individuel et le mal commun».
La société du malaise (Odile Jacob, 2010). Sociologue, directeur de recherche au CNRS, après avoir créé en 1994 un groupement de recherches sur les drogues et les médicaments psychotropes, Alain Ehrenberg a fondé en 2001 le Cesames (Centre de recherche psychotropes, santé mentale, société), CNRS, Inserm, université Paris-Descartes.
- Crise des retraites ou crise tout court ? Par Daniel Cohen
Le Monde, Opinions, 29 avril 2010. « En toute hypothèse, il est clair qu’aucun levier ne pourra, seul, régler le problème, et qu’il faudra jouer sur tous à la fois. (…) Entre le scénario le plus favorable et le moins favorable, il y a un écart de financement de 1,3 % de PIB. (…) Il faut s’entendre sur des règles (automatiques) pour faire face aux risques à venir. Ce qu’il faut en effet est moins un nouvel ajustement « une fois pour toutes » qu’un regard lucide sur la signification de la crise : la démonstration de la solidarité de fait qui lie retraités et actifs aux cycles macroéconomiques. »
- Pour des critères clairs et objectifs de régularisation des travailleurs sans papiers : un large éventail de signataires
Le Monde, 13 mai 2010. Le texte est signé à la fois par Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT et François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, Pascal Decary, DRH de Véolia propreté, Sophie de Menthon, présidente d’Ethic, Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l’homme, Patrick Peugeot, président de la Cimade, Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France, Edgar Morin et Alain Touraine, sociologues, Bernard Maris et Michel Husson, économistes, Emmanuel Dockes, professeur en droit du travail…
« Licencier, voire expulser des salariés parce que « sans papiers » ne résout rien. Car ils sont indispensables et le travail qu’ils font ne trouve pas preneur parmi les autres salariés. Sanctionner indifféremment ou sans discernement, voire fermer, des entreprises sous prétexte qu’elles emploient des salariés sans papiers, au risque de pénaliser tous les salariés, ne résout rien non plus.
Définir des critères de régularisation nationaux, clairs et objectifs permettra de lutter réellement contre le travail « non ou mal déclaré », qui mine l’économie et contre lequel nous nous élevons avec force.
Les organisations syndicales et patronales intéressées à une résolution réellement pérenne de cette question doivent pouvoir aboutir au plus vite avec le gouvernement à une solution positive sur la base de « l’approche commune » des employeurs et organisations syndicales de salariés, rendue publique le 8 mars 2010. »
MATIÈRES PREMIÈRES
- La France veut sécuriser son accès aux métaux rares
Le Monde, 29 avril 2010. « La France n’a plus de moyens d’intelligence économique, ni de capacité de stockage dans le domaine des métaux rares. (…) M. Borloo a confié au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) le soin de recenser en priorité les problèmes posés par le gallium, le germanium, le niobium et par la famille des 17 « Terres rares ». D’autre part, une première opération d’exploration des fonds océaniques aura lieu au cours de l’été au large de Wallis-et-Futuna dans le cadre d’un partenariat public-privé. (…) Il s’agit aussi de faire prendre conscience de la situation aux industriels concernés (Rhodia, Nexans) et de les pousser à travailler de concert. (…) Le recyclage des métaux stratégiques étant la « deuxième mine » d’où les extraire, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a lancé une étude prospective sur le potentiel des industriels français dans ce domaine. »
TRANSPORT ET LOGISTIQUE
- Le rapport Blum met l’accent sur l’inter-modalité et la massification
Le MOCI, 20 avril 2010, Gilles Naudy. « Le député des Bouches-du-Rhône Roland Blum a présenté jeudi 20 mai son rapport relatif à la desserte ferroviaire et fluviale des grands ports français, en présence de Dominique Bussereau, secrétaire d’Etat aux Transports. A la demande expresse du Premier ministre, le rapporteur s’est concentré sur les trois plus grands ports français (le Havre, Marseille et Dunkerque).
Au terme d’une mission de trois mois, au cours de laquelle il a rencontré plusieurs dizaines d’acteurs (…), Roland Blum a formulé une dizaine propositions. Ces dernières visent à lever certains facteurs de ralentissement des flux marchands (règlementation fluviomaritime inadaptée, systèmes informatiques portuaires trop fermés), à encourager le report modal (développer les opérateurs de fret privés, améliorer la qualité des sillons ferroviaires) et à massifier les flux (faire des trains longs). (…) Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. La création d’opérateurs de fret privés (OFP), qui ont vocation à capter des trafics de wagon isolés, est au point mort. Enfin, les grands travaux d’infrastructures coûtent cher en ces temps d’austérité budgétaire. »
TRANSPORTS VOYAGEURS
- Transports à tout faire
Le Monde, 14 mai 2010. « Depuis quelques semaines, des habitants de la région d’Annecy (Haute-Savoie) se font livrer leurs courses commandées en ligne… sur une aire d’autoroute. Ces automobilistes paient et chargent leurs achats en fin de journée, de retour du travail. Le service, proposé par l’entreprise de vente par correspondance Provencia (groupe Carrefour) en coopération avec Adelac, société concessionnaire de l’autoroute A41, s’adresse surtout aux salariés frontaliers qui se déplacent chaque jour entre Annecy et Genève. (…) Le temps contraint, le trajet quotidien se transforme ainsi en temps utile. Si l’expérience se révèle concluante, le concessionnaire de l’autoroute, filiale du groupe Bouygues, envisage de proposer d’autres services, « pressing, cordonnerie ou boulangerie », indique-t-on chez Adelac. (…)
Les sociétés exploitant les parkings songent, elles aussi, à optimiser les déplacements de leurs clients. (…) La SNCF a aussi imaginé des prestations plus inattendues. Ainsi, à la prochaine rentrée scolaire, un bâtiment situé près de la gare de Roanne (Loire) sera aménagé en mini-crèche. (…) L’initiative ne restera pas isolée, si l’on en croit Fabienne Keller, sénatrice (UMP) du Bas-Rhin, qui a remis l’an dernier un rapport au gouvernement sur « la gare contemporaine ». « La gare, dans une ville, est le lieu le plus passant, un peu comme la place du village. On doit pouvoir y trouver des supermarchés, un pressing, une poste, voire un pôle médical », affirme l’ancienne maire de Strasbourg. »
- Les groupes de transports urbains s’internationalisent
Le Monde, 7 mai 2010. « La course à la taille critique et à la croissance internationale s’accélère parmi les opérateurs de transports urbains. Moins de deux semaines après l’annonce du rachat du britannique Arriva par la Deutsche Bahn, Transdev, filiale de la Caisse des dépôts, et Veolia Transport ont officialisé, mercredi 5 mai, leur fusion. Cette opération fera émerger le nouveau numéro un mondial des opérateurs privés. Présent dans vingt-huit pays, il comptera un effectif de 117 000 salariés pour un chiffre d’affaires de 8,1 milliards d’euros. Par ricochet, cette alliance va stimuler les ambitions de la RATP qui reprend sa liberté. L’entreprise publique a négocié son désengagement de Transdev en obtenant que lui soient cédés une série d’opérateurs – installés pour l’essentiel au Royaume-Uni et en Italie, mais aussi en France – pour une valeur de 340 millions d’euros. »
- De nouveaux horizons pour le transport urbain
Webtrains, 3 mai 2010. « Pour Frédéric Heindrick, Vice-Président Marketing chez Alstom Transport, le développement des transports urbains s’explique par trois tendances : le confort avec une sécurité et accessibilité accrue, la congestion urbaine d’où une congestion sur l’infrastructure ferroviaire et la nécessité d’augmenter le trafic par une augmentation des vitesses et des capacités, et l’environnement. Non seulement le marché ne connaît pas la crise, mais de plus « les plans de relance ont permis de relancer les transports urbains malgré la crise. »
TRANSPORTS ET LOGISTIQUE
- Un « Pack transport » pour faire naître l’innovation
La Voix du Nord, 29 avril 2010. « Les pôles d’excellence du transport et de la logistique, ainsi que le pôle de compétitivité I-Trans lancent un appel à projets innovants en commun. « L’innovation, c’est la question stratégique de l’économie de demain ». (…) La démarche est simple. Les PME-PMI de moins de 250 salariés de l’automobile, du ferroviaire, du transport et de la logistique qui ont un projet innovant posent leur candidature sur www.jinnove.com. Courant juin, un jury sélectionnera les dossiers les plus intéressants afin de construire et développer ces projets. 75 % des PME qui innovent sont toujours en activité cinq ans après leur création, alors que le taux de survie moyen des PME sur cinq ans n’est que de 50 %. »
- La Deutsche Bahn va exploiter des lignes régionales en Suède
WK-Transport-Logistique avec AFP, 30 avril 2010. « La Deutsche Bahn a remporté une nouvelle victoire en gagnant un appel d’offres pour exploiter des lignes de chemin de fer au nord de la Suède. La compagnie ferroviaire allemande met clairement le cap sur l’expansion internationale.«
- Un niveau record d’investissement pour RFF
Web trains, 29 avril 2010. « Le chiffre d’affaires de Réseau Ferré de France est en hausse de 6% à 3 281 milliards d’euros. Cette augmentation est due notamment à la bonne tenue du trafic de voyageurs, et malgré la baisse de l’activité du fret (-23%). Pour la première fois de son histoire, RFF a dégagé en 2009 un résultat net bénéficiaire de 304 millions d’euros. (…) Pour RFF, l’augmentation des investissements reflète l’effort sans précédent engagé pour rénover le réseau classique, avec plus de 1,6 milliard d’euros investis (+ 28 %). (…) Ce programme d’investissement s’inscrit dans le cadre du contrat de performance signé avec l’Etat, le 3 novembre 2008 et bénéficie de l’impulsion apportée par le plan de relance national et par le Grenelle de l’Environnement. »
- La SNCF renoue avec les bénéfices
L’Expansion, 26 avril 2010. « L’activité SNCF Proximités (essentiellement TER et banlieue parisienne) a vu son chiffre d’affaires bondir de 59,5% à 2,49 milliards d’euros, ce qui en fait la première branche du groupe, grâce à l’intégration de la société de transports publics Keolis. A périmètre constant, et sans prendre en compte les gares désormais gérées par Gares et Connexions, la hausse serait de 7,3%. Gares et Connexions a réalisé un chiffre d’affaires de 271 millions. (…) Enfin, la branche SNCF Geodis, qui regroupe les activités de fret et de logistique, a vu son activité progresser de 25,7% à 2,08 milliards. Cette hausse est en grande partie due à des acquisitions, mais la chute liée à la crise semble enrayée. »
- La SNCF veut «réinventer» ses gares
Le Télégramme, 26 avril 2010. « Depuis un an, la SNCF a regroupé les 3.000 gares françaises dans une entité autonome baptisée Gares et Connexions. Son ambition: «réinventer les gares du XXIe siècle». (…) «Une gare, c’est d’abord un lieu dans lequel on va chercher un mode de transport. Tout l’art est de mixer intelligemment services, espaces d’information et, sur le chemin – mais pas trop, de façon à ce que ça ne retarde pas les voyageurs -, des espaces de vente», souligne Sophie Boissard, directrice générale de Gares et Connexions. »
ESSAIS, DÉBATS (2)
- Les Etats en guerre économique, par Ali Laïdi (Seuil, avril 2010)
Le Monde Economie, 20 avril 2010. « La deuxième partie (de l’ouvrage) est consacrée à la façon dont les principaux gouvernements du G20 soutiennent leurs économies nationales. Est-ce la fin du consensus de Washington, qui symbolisait le triomphe des idées ultralibérales ? Allons-nous vers un « consensus de Pékin », c‘est-à-dire la promotion d’une économie dans laquelle l’intervention de l’Etat serait dominante ? Face au Japon, à la Russie, à la Chine, aux Etats-Unis, mais aussi à l’Inde et au Brésil…, pionniers d’une guerre pas toujours en dentelle, l’Europe apparaît bien peu martiale, indique Ali Laïdi. Pourtant, écrit-il, « regarder en face la guerre économique, c’est se préparer pour défendre un modèle de société ».
- « Les retraites, le débat caché » du financement de l’économie, par Jean-Hervé Lorenzi
Boursorama, 19 avril 2010. « Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, revient sur le problème du financement de l’économie dans les prochaines décennies lié à celui des retraites. (…) « De fait, tout se passe comme si la globalisation avait « piégé » l’économie mondiale dans un équilibre de sous-emploi de type keynésien. (…) L’épargne est excessive, la consommation insuffisante, les capacités de production excédentaires et la thésaurisation permet l’ajustement. (…) En fait, tout se passe comme si les pays avancés ne sont plus en mesure de repousser la décroissance des rendements. Mais surtout, ceci est le signe que l’exigence de rentabilité pour l’épargne existante ne se satisfait pas d’investissement à long terme, à l’issue parfois incertaine et au rendement moins attractif. Or, nous avons un besoin très important d’investissements comme tous les pays de l’OCDE parce que nous avons besoin de créer des activités nouvelles, ce que d’aucuns appelleraient une nouvelle croissance. (…) La forme que prennent les produits d’épargne est essentielle pour financer notre économie. (…) Ce sera là le débat caché de cette longue confrontation sur ce thème, qui est au coeur du fonctionnement de notre société. »
- « Quel retour à Marx pour penser notre temps? »
L’Humanité, 17 avril 2010. Dialogue entre Edgar Morin, philosophe et sociologue et André Tosel, philosophe et spécialiste de Marx. « Après la crise, la référence à Marx n’est plus taboue. les ouvrages sur l’auteur du Capital se multiplient, ainsi que les dossiers spéciaux dans la presse. », explique le journal.
Pour Edgar Morin, le désenchantement, notamment des années 1970 et 1980, « permet de percevoir des carences importantes dans la pensée de Marx sur l’Etat, le pouvoir. (…) Mais la renaissance d’une problématique marxienne s’amorce. On prend conscience peu à peu que le néolibéralisme, sous l’égide duquel s’effectue la mondialisation, provoque, en même temps qu’un déchaînement du capitalisme, un accroissement d’inégalités et de misères (…). Si l’on revient à Marx actuellement, c’est à la fois comme penseur du capitalisme, comme penseur de la consommation (Marx disait que la production ne crée pas seulement un produit pour le consommateur, mais un consommateur pour le produit) et comme penseur de la mondialisation (…) Je dirais qu’il y a deux types d’utopies : celle de la société harmonieuse, totalement réconciliée et parfaite qui, à mon avis, conduit toujours au pire ; et la bonne utopie qui consiste à penser que ce qui paraît actuellement impossible est en fait véritablement possible. »
- L’avenir, oublié de la France
Le Nouvel observateur, 17 avril 2010. « La concertation sur la réforme des retraites, qui se déroule actuellement, les questions écologiques ou encore la problématique des transports soulignent la nécessité d’avoir une vision d’anticipation à long terme. (…) Tout comme Jean-Louis Guigou, Hugues de Jouvenel dresse le même constat : « Cela fait 30 ou 40 ans que la France entre dans l’avenir à reculons et refuse que le monde change ». La fin des années 70 a vu progressivement disparaitre les grands plans de prospective globale ou d’aménagement du territoire. La prospective s’est petit à petit spécialisée et éloignée de l’action politique. (…) La prospective doit également se tourner davantage vers le grand public, par le biais d’ateliers participatifs et du système d’éducation.«
- Avoir 20 ans en 2010
Les générations à la peine: Alternatives Economiques. Hors-série – avril 2010.
« On pourra juger que l’histoire est injuste avec les jeunes générations. Ce n’est malheureusement pas la première fois. Chaque génération a en effet rendez-vous avec une histoire qu’elle n’a pas écrite. Elle choisit ses réponses, mais pas les questions qui lui sont posées ni les conditions qui lui sont faites. Les Français qui avaient une vingtaine d’années dans les années 1950 ne choisirent ni la reconstruction ni la guerre d’Algérie. Tous participèrent, contestèrent ou se révoltèrent, mais ce fut là leur destin commun.
On peut souhaiter que les jeunes générations et celles qui les suivront n’aient pas à connaître de telles épreuves. Mais on ne peut éviter qu’elles héritent de lourdes questions: définir de nouvelles solidarités dans un monde ouvert, inventer un mode développement respectueux de la planète, renouveler le sentiment d’égalité dans les démocraties. Tout en assumant la charge de toutes les générations qui se sont succédé jusqu’ici: transmettre le goût de l’avenir à leurs enfants. »
CONJONCTURE, ACTUALITÉS
- L’Eyjafjöll, une « grande claque » à notre société, selon philosophes et scientifiques
AFP, 22 avril 2010. Les conséquences de l’éruption du volcan Eyjafjöll sur le transport aérien européen montrent l’extrême vulnérabilité de notre société qui a pris « une grande claque » durant ces huit jours de crise, ont expliqué des philosophes et des scientifiques interrogés jeudi par l’AFP. (…) « A nous de ne pas nous rendre dépendants de ce qui est aléatoire », commente l’astrophysicien Hubert Reeves, président de la Ligue ROC pour la Nature. »
- Le volcan révèle la fragilité de la mondialisation
Le Monde, 22 avril 2010. « Le nuage de cendres islandais n’a qu’un seul précédent macroéconomique : l’attentat terroriste du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. « Comme le volcan islandais aujourd’hui, les attentats contre les deux tours new-yorkaises ont introduit un élément d’incertitude qui a brisé net les échanges aériens, les déplacements de personnes et de marchandises, analyse Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS. Pendant une période courte, la mondialisation a été annulée. » (…) Le creux de croissance subi par les transporteurs aériens est d’ores et déjà récupéré par d’autres acteurs économiques. Eurotunnel, qui fonctionne habituellement à 52 % de ses capacités, « tourne aujourd’hui à plein », indique Fabienne Lissak, responsable de la communication. « On est passé de 5000 à 10 000 voitures jour », ajoute-t-elle, en raison du nombre de Britanniques à rapatrier. « Le rail, la route, les autocars, les loueurs de voitures », bénéficient de la carence aérienne, indique Natixis. (…) Reste le facteur psychologique. Car la mondialisation, c’est aussi des personnes.«
- L’économiste en chef du FMI juge que le temps des ajustements budgétaires est venu
Le Monde, 21 avril 2010. Olivier Blanchard, l’économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI) juge qu’il est temps d’infléchir les politiques menées par les pays du G20 qui doivent se concentrer sur l’ajustement budgétaire. « Aujourd’hui, la demande est plus soutenue, mais la perte de revenus et la détérioration budgétaire due à la crise, a changé la nature du risque. Il est du côté de la dette publique et d’un cercle vicieux entre explosion de la dette et augmentation des primes de risque et des taux d’intérêt. C’est pour cela qu’il faut se concentrer sur l’ajustement budgétaire. Avec plus ou moins d’urgence selon les pays. (…) Pourquoi ne pas (aussi) inventer de nouveaux outils d’intervention ? M. Blanchard pense à des stabilisateurs automatiques sociaux. Par exemple, si le taux de chômage dépassait un certain niveau, la durée d’indemnisation des chômeurs s’allongerait sans qu’il soit besoin de voter une loi. »
Le Monde Eco, 17 avril 2010. « Selon une note publiée fin mars par la Banque des règlements internationaux (BRI), la dette pourrait s’envoler à 150 % du PIB en France ou aux Etats-Unis, 200 % en Grande-Bretagne et même 300 % au Japon, à l’horizon 2020, si les politiques économiques ne s’adaptent pas au coût d’une population vieillissante. »
- Le FMI voit la reprise mondiale plus rapide que prévu
Investir, 19 avril 2010.« L’économie mondiale se redresse plus rapidement que prévu, grâce en particulier à l’accélération de la croissance dans les pays émergents et en développement, a déclaré le patron du FMI. La reprise est plutôt rapide en Amérique du Sud et en Afrique, a-t-il souligné. Mais la demande du secteur privé au Japon et en Europe reste faible, et la reprise économique est particulièrement lente en Europe, a-t-il déclaré. Une augmentation du chômage étant attendue pendant de nombreux mois encore, le directeur général du FMI estime qu’il est difficile dans ces conditions de déclarer la crise terminée. (…) Il faut continuer de stimuler la demande et ne pas retirer les mesures de relance, a-t-il précisé. « Mais dès 2011, dans la plupart des économies avancées, il sera temps de mettre en oeuvre une stratégie de sortie. »
- La flambée du prix des matières premières et ses risques
Le Monde, 19 avril 2010. « En un an, le cours du caoutchouc a augmenté de 143 %, le propylène de 80 % ; depuis le début de l’année, le nickel a pris 32 % ; platine et palladium sont au plus haut depuis deux ans ; record de quinze ans battu pour la pâte à papier ; baril de pétrole qui se rapproche des 90 dollars contre 33 au creux de la crise en décembre 2008; minerai de fer annoncé en hausse par les entreprises minières de + 100 % : les prix des matières premières explosent à nouveau, à l’exception des céréales et de l’or. (…) La hausse va-t-elle se poursuivre ? « L’euphorie actuelle, qui a porté le cuivre à 8 000 dollars la tonne et l’acier à 150 dollars, est complètement injustifiée et je ne vois pas les prix poursuivre leur ascension, répond Philippe Chalmin, professeur associé à Paris-Dauphine, car le monde tourne sur un seul moteur : la Chine qui avance à un rythme insoutenable. La première crise du XXIe siècle sera chinoise et les matières premières en seront les premières victimes. »
- Aux Etats-Unis, la reprise sera plus rapide et plus vigoureuse que ne le pensent les économistes et les politiques
Slate, 17 avril 2010. « Les déclinologues se sont souvent trompés. (…) Pendant cette dernière crise, les entreprises ont ainsi épousé la cause de la réduction des coûts et de l’efficience. Entre le quatrième trimestre de 2008 et le quatrième trimestre de 2009, la productivité s’est accrue de 5,8 %. »
- L’appétit pour le risque revient en force
Newsmagers, 16 avril 2010. « L’optimisme semble bien revenir sur le devant de la scène. Les investisseurs sont de plus en plus nombreux à anticiper une reprise de l’économie mondiale, et une reprise vigoureuse, selon le dernier sondage (avril) auprès des gérants (197 participants gérant 546 milliards de dollars) réalisé par BofA Merrill Lynch. Le nombre d’investisseurs prenant des risques au-dessus de la normale dans leur portefeuille s’est ainsi retrouvé à son plus haut niveau depuis janvier 2006. Les participants au sondage sont plus nombreux à prévoir une croissance forte conjuguée à une moindre inflation : 32% contre 21% en mars. Les craintes inflationnistes restent très mesurées et 42% des participants (contre 38% le mois précédent) ne prévoient pas de relèvement des taux d’intérêt de la Fed avant 2011. »
- La consommation, pilier fragile de la croissance française
L’Expansion, 16 avril 2010. « L’indice de fréquentation des centres commerciaux a progressé de 1,7% sur un an. Et ce sont dans les très grands centres à attraction régionale que les ventes ont le plus progressé. Un signe encourageant pour la consommation qui ne cesse de reculer depuis le début de l’année ? Certainement pas. D’abord parce que les ventes sont traditionnellement bonnes en mars. Ensuite parce que l’inflation est plus soutenue et que les salaires sont bloqués. Résultat : les gains de pouvoir d’achat resteront très modestes cette année. Enfin, parce qu’en période d’incertitude, notamment sur les retraites, les ménages reprennent goût à l’épargne. »
SOCIAL
- Les promesses du bonus social
Les Echos, 20 avril 2010. « Un quart des entreprises du CAC 40 prennent désormais en compte des indicateurs de performance «sociale» dans le calcul des primes de leurs dirigeants. Mais l’outil est délicat à mettre en place. (..) France Télécom a annoncé que la part variable de ses 1.100 managers opérationnels serait indexée, à hauteur de 30 %, sur leur performance sociale. Chez Danone, la pratique est déjà en vigueur. Et alors que la saison des assemblées générales vient de démarrer, d’autres industriels pourraient leur emboîter le pas. Selon une étude menée par Capitalcom, en 2010, dix sociétés du CAC 40 se seraient dotées d’outils similaires. Parmi elles : Axa, Crédit Agricole, GDF Suez, Vinci, Schneider Electric ou encore Vivendi… »
- Glossaire du bien-être au travail : « Il ne se cantonne pas à la santé physique ou psychique, et n’est possible, aux yeux des experts, que lorsqu’une personne parvient à trouver une cohérence entre le rôle qu’elle exerce dans son travail et son système de valeurs. »
- TRANSPORTS ET LOGISTIQUE
- Jack Short, secrétaire général du forum international des transports :
« Je crains que les Etats ne coupent dans les budgets »
Les Echos, 20 avril 2010. « Du côté des entreprises, (Jack Short) prévoit un nouveau mouvement de concentration et, du côté des Etats, il anticipe une baisse des investissements. (…) « Une étude que nous allons publier prochainement montre que le critère de fiabilité des temps de parcours s’avère tout aussi déterminant que la vitesse en matière de transport. C’est important car cela peut être un atout pour des modes un peu délaissés jusqu’ici comme le transport fluvial, par exemple.«
COMMUNICATION
- Facebook: un nouveau système de pistage publicitaire dans les cartons ?
L’Expansion du 19 avril 2010. « Selon le Financial Times, le réseau social pourrait dévoiler mercredi un nouveau système de ciblage comportemental destiné à fournir de plus amples renseignements sur ses membres aux annonceurs. »
- Le gouvernement teste ses idées auprès des jeunes grâce à Skyrock
L’Expansion du 19 avril 2010. « Le Service d’information du gouvernement a lancé en partenariat avec le site de Skyrock une consultation publique auprès des 15-24 ans. Elle aborde tous les thèmes, y compris internet. Vu les résultats des sondages, les responsables ne vont pas être déçus… »
- Les nouvelles technologies au secours des bistrots de villages en Isère
Le Dauphiné, 18 avril 2010. « Ils étaient 200 000 en 1960, ils ne sont plus que 35 000 aujourd’hui. Les bistrots ferment peu à peu et avec eux, l’âme des villages. (…) « L’idée de proposer une borne Internet nous est venue assez facilement. Nous sommes partis d’un constat. Dans un village, les habitants veulent de nombreux services en un même lieu, le bistrot était parfait ». (…) Une idée relayée lors d’un colloque sur l’avenir des bistrots au Sénat en janvier : « Les cafés ne doivent plus êtres déconnectés du monde dans lequel ils vivent », estimait par exemple Michel Maffesoli, docteur en sociologie. »
À lire aussi :
Michel Maffesoli, Iconologies – nos idol@tries post-modernes (Albin Michel, 2008) : « La vie ne vaut, peut être, rien, mais rien ne vaut la vie. Ce quotidien et cette proximité, on va les voir dans les « repas de rue », dans les fêtes de quartier, dans les multiples rassemblements d’immeubles, dans les associations de divers ordres qui, toutes, mettent l’accent sur l’anodin, voire le frivole, dont on sent bien qu’ils constituent le vrai ciment social. »












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